Natalia Narotchnitskaïa : Staline est détesté en Occident non pas à cause des répressions

 
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6 November
18:23

Natalia Narotchnitskaïa : Staline est détesté en Occident non pas à cause des répressions

Natalia Narotchnitskaïa, présidente de la Fondation des perspectives historiques, directrice de l’Institut européen de la démocratie et de la coopération, ex-députée de la Douma, docteur en histoire :

Les gens perçoivent les choses en se basant sur les axiomes de leur conception du monde et non pas sur des documents. Cela ne sert à rien d’essayer de prouver à l’Occident qu’en 30 ans de son règne, Ivan le Terrible a massacré 10 fois moins de monde que Catherine de Médicis en une seule nuit du Saint- Barthélemy. Quoi qu’il en soit, nous resterons à leurs yeux des barbares et l’Occident, le gentil ! Pour moi, en tant qu’historienne, il est parfaitement clair que Staline est détesté en Occident non pas à cause des répressions où il est loin d’être le premier, ni le seul. Ils ne condamnent pas Robespierre, ni, par exemple, Cromwell, alors qu’à leur époque il y a eu beaucoup plus de victimes de répressions par habitant !

En Occident, Staline est détesté pour avoir rétabli le territoire historique de l’Etat russe (comme disait Pouchkine : « depuis les rochers froids finlandais jusqu’à la Colchide ardente »), pour la conférence de Yalta et celle de Potsdam. Ce sont ces résultats qui les tracassent. Mais, il s’agit de notre Patrie et nous sommes les seules à avoir le droit de juger, or, on continue à essayer de nous persuader, par exemple, que ce n’est pas nous qui avons remporté la Seconde Guerre mondiale, mais les Américains…

Pourtant, nous sommes les seuls à avoir le droit de déboulonner quoi que ce soit dans notre histoire, et non pas laisser le monde autour utiliser nos débats historiques pour traîner dans la boue notre Grande Victoire ! L’histoire s’appuie avant tout sur des faits et des documents. Mais bien évidemment, son interprétation dépend de notre conception du monde à travers laquelle nous considérons ces faits historiques. Disons, du point de vue de l’idéologie communiste, la lutte contre la monarchie et l’aristocratisme est un fait positif. Par contre, si on le considère du point de vue du conservatisme, il devient négatif. Pourtant, il y a bien des faits historiques qui montrent s’il y a eu une lutte ou s’il n’y en a pas eu, qui a provoqué des explosions et qui ne l’a pas fait… On nous accuse d’avoir « imposé » le communisme et que, soi-disant, c’est bien pire que le projet hitlérien. Dites donc, pire !

Les nations agraires - Polonais, Tchèques, Hongrois, Roumains - sont sortis de nos mains avec des violonistes, des docteurs ès sciences, avec des académiciens, avec des ingénieurs, avec le cinéma, etc. Tandis qu’Hitler leur réservait le sort des porchers, des femmes de chambre sachant à peine lire en langue allemande. Sans parler des pays Baltes qui devaient devenir l’Ingermanland. Suivant Generalplan Ost élaboré par la SS et approuvé par Hitler, on devait déporter toute la population de l’Ingermanland, y compris les Finlandais ingermanlandais. Ce sont bien des faits historiques !

Mais aujourd’hui, on impose une autre vision des choses qui modifie radicalement toute la perception du XX siècle et crée une négation fondamentale de la Russie en tant que phénomène historique. Ainsi, il nous incombe de non seulement défendre notre orgueil blessé, mais d’accomplir une tâche étatique ! Car si on laisse les choses sans y prêter attention et s’y opposer, alors l’URSS sera qualifiée rétroactivement d’un Etat criminel, et donc, on remettra en question toutes les résolutions prises avec sa participation, ses signatures sous des documents territoriaux d’une grande importance, sous les statuts de l’ONU et ainsi de suite.

Or, c’est bien la Russie de nos jours qui est l’ayant droit de ces positions gagnées souvent au prix d’un sang versé. Oui, la reconsidération, la prise de conscience, l’interprétation de l’histoire dans un contexte plus large a lieu tout le temps. Je pense que c’est normal et nécessaire. Mais il faut se débarrasser des illusions du passé et d’y renoncer, sans pour autan bafouer la vie des nos pères et de ne pas commettre le péché de Cham biblique !

Traduit depuis le russe par Svetlana Kissileva

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