73 ans après la grande Victoire, une autre est à remporter !

 
Actualités
9 mai
01:03

73 ans après la grande Victoire, une autre est à remporter !

Il y a quelques mois, l’intervention au Bundestag de Nicolas, écolier russe originaire de Urengoy, avait fait couler des litres d’encre et de salive. Rappelons que le jeune homme avait prononcé un discours dans lequel, quelques lettres privées à l’appui, il s’était efforcé de réhabiliter les soldats de la Wehrmacht, prétextant le fait que si ces pauvres diables de conscrits gagnèrent le front de l’Est, c’est bien parce que le IIIème Reich les y força. L’URSS aurait donc dû se montrer clémente et, à défaut d’offrir des pans entiers de son territoire, compatir, nourrir, soigner les prisonniers allemands (ce qu’elle fit d’ailleurs pour les deux derniers points). Si encore Nicolas avait été allemand, on aurait pu essayer de suivre son raisonnement. Dans le cas présent, seule la clique libérale russe, plus catholique que le Pape, s’était interposée, voyant en ce jeune homme un libre penseur en avance sur les idéaux assez peu humanistes de son pays. Sauf que, le jour où les journalistes l’interrogèrent sur le fond de ses réflexions, il se montra incapable de piper mot. On aurait dit, passez-moi cette analogie, un disque rayé.

Lorsqu’Andreï Medvedev, journaliste politique russe, publia un texte à mon sens magnifique dans lequel il imagina ce qu’il aurait dit au Bundestag fût-il à la place de Kolia, Facebook ne fut pas long à bloquer son compte. Sans doute comportait-il des propos autrement plus extrémistes que les élucubrations des nazillons d’Aïdar, ou les incitations à la haine des Blancs dans les tweets des députés LREM. Ou peut-être, simplement, disait-il une vérité aussi limpide qu’un théorème, et aussi gênante pour le Système reptilien que les termes « Honneur et Patrie ». Je citerai ici, traduits aussi exactement que possible, des passages choisis :

« Si j’avais dû intervenir au Bundestag (...), voici ce que j’aurais dit : Mesdames, Messieurs les députés, aujourd’hui, j’ai été témoin d’un miracle. Et ce miracle n’a qu’un nom : l’Allemagne. Traversant, pour me rendre ici, les rues de Berlin, j’ai été frappé par leur beauté, par les passants, par les joyaux du patrimoine, et me voici maintenant en face de vous (...). Pourquoi parlé-je de miracle ? Parce que, vu ce que vos soldats avaient fait chez nous, au coeur des territoires occupés, les soldats de l’Armée rouge auraient été en droit de liquider l’ensemble du peuple allemand. De ne laisser de l’Allemagne qu’un vaste champ de cendres et de ruines dont les manuels d’Histoire parleraient au passé (...). Je tiens juste à vous rappeler ce que la Wehrmacht faisaient des enfants soviétiques. Elles les fusillaient. Souvent sous les yeux des parents (...). Vos soldats violaient nos petits. Ils les brûlaient vifs. Les envoyaient dans les camps de concentration. Les vidaient de leur sang pour en extraire du sérum. Les faisaient mourir de faim quand ce n’était pas vos bergers allemands qui les dévoraient. Nos enfants servaient de cibles, ils étaient torturés pour satisfaire vos complexes de sadiques. Voici deux exemples. Un bébé empêchait un officier allemand de dormir. Ce dernier le prit alors par la jambe et lui fracassa la tête contre un poële. A la station Lyschkovo, vos as de l’aviation avaient bombardé un convoi tansportant des enfants à l’arrière du front. Les survivants essayèrent de se sauver mais vos valeureux guerriers s’amusèrent à les abattre en pleins champs. Deux mille enfants trouvèrent la mort ce jour-là. 

Rien que pour ces crimes perpétrés contre nos enfants, je répète, l’Armée rouge aurait eu le droit moral d’anéantir l’Allemagne et son peuple (...). Mais elle ne l’a pas fait. Est-ce que je le regrette ? La réponse est évidente : non ! J’admire l’inébranlable force d’âme de mes ancêtres qui ont su ne pas s’abaisser au niveau bestial des soldats de la Wehrmacht (...). Dites-vous bien que ce n’est pas le repentir que nous exigeons de vous, parce que, ne pouvant répondre des crimes de vos aïeux, vous n’y êtes pour rien. Et puis, c’est au Seigneur qu’il appartient de pardonner. Néanmoins, sachez que le peuple allemand me sera toujours étranger. Non pas parce que vous êtes mauvais par nature, mais parce que je porte encore en moi les râles et les sanglots des enfants soviétiques brûlés par la Wehrmacht (...) ».

Voici. Je n’ai fait que traduire, sans affubler la narration d’un pathétisme déplacé.

Peut-on concevoir comment Facebook arrive à censurer quelqu’un qui pourtant ne transgresse en rien le cadre conforme fixé par Nuremberg, rappelant des faits aussi évidents que la thèse de la rotation de la Terre ?  Faut-il croire qu’un Russe n’a pas le droit d’imaginer, ne serait-ce que l’espace d’un instant, la pulvérisation d’un pays agresseur si celui-ci est un pays du monde occidental ? Et si c’était un Français ou un Anglais qui l’avait écrit ? A moins que l’équipe de Zuckerberg ne regrette la Barbarossa numéro 2  initialement prévue par la Grande-Bretagne churchilienne dès le 1er juillet 1945, finalement annulée vu son immense coût, l’indécision des States, et le fait que les systèmes d’armement de l’URSS permettaient déjà à l’époque d’atteindre les rivages de la mer du Nord et ceux de l’Atlantique côté ouest ? Mais peut-être que, tout simplement, dans cette souricière de la CIA qu’est Facebook, l’on préfère distinguer les morts selon leur appartenance ethnique et leur bord politique, si bien que l’évocation des souffrances endurées par les enfants soviétiques n’a pas sa place sur un réseau qui prétend se soucier du bien-être de ses utilisateurs ? Peut-être est-ce pour la même raison que les publications de Svetlana Kissileva, censées sensibiliser le public francophone à la guerre dans le Donbass, dérangent. Que ses comptes sont bloqués suite à des publications pourtant parfaitement neutres, par exemple des images sur lesquelles on la voit aux côtés du Président de la RPD, et du candidat à la présidentielle malienne ?!

Facebook, émanation du « mondialisme ultra-libéral », filtre les sujets, les images, les problématiques, les morts, veillant à ce que rien ni personne n’entrave le déploiement de la doxa insufflée. Même le jeune Kolia, adolescent berné, a pu y jouer son rôle : on lui concède le droit de réhabiliter le soldat nazi lambda, tout comme les régimes néolibéraux otanesques se réservent le droit de détruire, tuer, piller, mentir au nom d’une chimère complétement dérisoire que l’on nomme encore « démocratie ». Et remarquez que leurs suppôts arborent la même menace que leurs prédecesseurs : hier, c’était les « Rouges », aujourd’hui, la « Russie de Poutine ».  

Outre le fait que le texte d’Andreï Medvedev rafraîchit bien des mémoires, il pose une autre question, éminemment plus importante que les précédentes : l’URSS avait le « droit moral » de détruire l’Allemagne au lendemain de 45, mais elle ne l’a pas fait. Heureusement, ajoute-t-il. On se demandera alors s’il n’est pas temps de susbstituer le « droit moral » au droit international dont l’inexistence est d’emblée avérée. Si demain Kiev se décide à noyer les Républiques populaires du Donbass, est-ce que les Russes devront continuer à jouer selon des règles qui n’existent plus ? Puisque le Bien et le Mal n’ont jamais été autant travestis, et que nous nous acheminons vers la fin de tout un cycle de l’Histoire, peut-être faudrait-il que le monde russe revoit les principes de son interaction avec le Système, en cessant de se justifier, et de pardonner. Sans quoi, le renouveau patriotique du pays aura toujours du plomb dans l’aile et des jeunes  Nicolas, brillamment instrumentalisés, dans la turbine.

Une année de plus nous éloigne de la grande Victoire du 8-9 mai 1945. Puisse-t-elle, aujourd’hui encore plus qu’hier, unir tous les patriotes souverainistes qui nous lisent, et dont l’heure va bientôt sonner.

Françoise Compoint

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