Autant en emporte la raison

 
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30 août
14:52

Autant en emporte la raison

Vous avez vu le dernier dérapage intellectuel aux USA ? Un cinéma de Memphis, qui faisait jouer Autant en emporte le vent (Gone with the wind) chaque année depuis 34 ans, a annoncé qu’en 2018, le film serait retiré de leur programmation.

Ce film, qui présente la guerre de Sécession du point de vue des sudistes et des propriétaires d’esclaves, a été déclaré « insensible ».

Voilà un beau cas de révisionnisme historique. On juge un film de 1939 avec nos critères de 2017. Déprogrammer ce film, ce n’est rien d’autre que de la censure de gauche.

PRIÈRE DE NE PAS OFFENSER

À la suite des événements de Charlottesville, présenter ce classique choquerait un public offensé par tout ce qui n’est pas politiquement correct. Mais on ne peut pas effacer les œuvres passées, on ne peut pas réécrire l’histoire ! On ne peut pas critiquer le passé esclavagiste des États-Unis sans comprendre l’époque qui a permis ça.

Aux États-Unis, on veut déboulonner des statues qui représentent des personnages « odieux » de l’histoire.

Dans les universités, on offre des « espaces sécuritaires » aux étudiants qui se sentent « offensés » par les sujets abordés en classe. On refuse l’accès au campus à des conférenciers qui ne pensent pas comme les étudiants de gauche. Ce n’est pas en prenant une grosse gomme à effacer et en enlevant toute référence à des idées qui dérangent qu’on va faire avancer le débat.

L’autre jour, en librairie, j’ai vu le nouveau bandeau-choc apposé sur le livre de Margaret Atwood qui a inspiré la série-culte La servante écarlate (qui sera d’ailleurs présentée sur Club Illico à l’automne).

On y a écrit en grosses lettres: « Le livre qui fait trembler l’Amérique de Trump. »

S’cusez-moi, mais une histoire de fanatiques religieux qui enlèvent tous leurs droits fondamentaux aux femmes et qui les obligent à porter un vêtement qui recouvre leur corps... ça me fait plus penser à l’Arabie saoudite qu’à l’Amérique.

Non, moi, le livre qui me fait penser à l’Amérique d’aujourd’hui, c’est 1984 de George Orwell. « On ne pouvait pas plus étudier l’histoire par l’architecture que par les livres. Les statues, les inscriptions, les pierres commémoratives, les noms de rues, tout ce qui aurait pu jeter une lumière sur le passé, avait été systématiquement changé. »

SOPHIE DUROCHER

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