Détroit de Kertch : Poroshenko déclare la guerre aux élections

 
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26 novembre
17:08

Détroit de Kertch : Poroshenko déclare la guerre aux élections

Les intérêts de Poroshenko recouvrant ici ceux de ses curateurs, il a lancé trois pauvres navires de guerre dans les eaux territoriales russes, à proximité du détroit de Kertch, cherchant à provoquer la Russie en l'obligeant à défendre son territoire et justifiant ainsi une dégradation de la situation à l'international. Mais c'est sur le plan intérieur que l'opération est la plus intéressante pour lui : les élections présidentielles ukrainiennes s'approchent et avec une cote de popularité qui peine à dépasser les 9% il est donné perdant dans toutes les configurations. Or, les élections pourraient être repoussées sine die ...

Le 25 novembre, l'Ukraine lance trois navires militaires dans les eaux territoriales russes, pour passer le détroit de Kertch et rejoindre la mer d'Azov, sans suivre les règles du passage du canal entre les deux mers. Alors que jusque-là, et encore le 23 septembre dernier, cela n'avait posé aucun problème lorsque deux navires de guerre ukrainiens étaient partis d'Odessa pour Mariupol, avaient demandé l'autorisation de passage et avaient employé un pilote. Mais le conflit est nécessaire et il doit être médiatisé.

Pour arrêter les navires ukrainiens, le navire russe fut obligé d'en percuter un.  Vous remarquerez que le canon russe n'a même pas été débâclé:

L'on trouve ainsi ces titres dans la presse française, qui cherche toujours autant à analyser les conflits en faisant preuve de sa finesse légendaire :

Quelques éléments pour relativiser "l'agression russe". Tout d'abord, le conseiller de Poroshenko Yuri Birioukov, a déclaré sur sa page Facebook que les navires ukrainiens ne se sont pas faits tirés comme des lapins, qu'ils ont tiré sur les navires des gardes-frontières russes ... mais le rapport de force n'était pas en leur faveur. Ensuite, tout a été mis en oeuvre pour provoquer l'incident et le filmer, ce que le ministre ukrainien de l'Intérieur A. Avakov a confirmé en déclarant que les navires ont finalement réussi à obtenir une vidéo du "comportement agressif" de la Russie, vidéo immédiatement mise en ligne. Il faut rappeler que les seules vidéos qui circulent sont russes, mais peut-être parle-t-il de celles-ci ... Enfin, au même moment, l'armée ukrainienne a lancé une offensive à l'artillerie lourde contre les secteurs d'habitation de la république de Donetsk.

Sur fonds de conflit politique, les échanges radios des marins russes et ukrainiens ont été diffusés. Le discours des marins ukrainiens est intéressant. Entre appel à l'aide aux marins russes, déclaration de ne pas vouloir recourir aux armes, suivre la réglementation russo-ukrainienne de la région, tout à coup surgit en fond sonore, oubliant le russe pour l'ukrainien, l'appel du Maïdan "celui qui ne saute pas est un Moskal ("moscovite russe" dans un sens très péjoratif)". Les gardes-frontières russes leur demandent de s'arrêter, de mettre fin aux manoeuvres dangereuses, étant armés ils ne peuvent les laisser passer comme ça. L'on voit bien ici aussi la mise en scène et la nécessité de l'enregistrement, sauf ce sursaut de Maïdan, non prévu dans le scénario, passé sous silence par la presse occidentale, qui jette le discrédit sur les intentions des marins ukrainiens.

Finalement, les trois bateaux militaires ukrainiens ont été interpelés par les gardes-frontières russes et mis au port de Kertch et les trois marins ukrainiens légèrement blessés soignés. Une affaire pénale pour violation de la frontière russe est ouverte. Par ailleurs, en raison du comportement agressif et provocateur de l'Ukraine, son représentant en Russie est convoqué au ministère russe des Affaires étrangères.

Voici les photos des navires ukrainiens au port de Kertch :

Evidemment, la question de l'emplacement de la frontière est discutée entre l'Ukraine et la Russie en raison du rattachement de la Crimée à la Russie, qui a donc entraîné un déplacement de celle-ci. Jusqu'à présent, l'Ukraine n'avait pas particulièrement organisé de provocations à ce niveau, mais le FSB avait déjà indiqué que cela se préparait. Aujourd'hui, cette crise est nécessaire et pour la communauté internationale et pour Poroshenko.

Les partisans d'un durcissement des relations avec la Russie ont besoin d'un fondement incontestable, qui puisse pousser les dirigeants récalcitrants à devoir adopter des sanctions ou simplement oublier un rapprochement avec la Russie. Les avions sont déjà tombés, le plus simple est de forcer l'image de la "Russie-agresseur" quasiment au niveau de l'agression militaire. Sortant les éléments de leur contexte. Ce qui est par ailleurs une habitude de ce monde de communication post-truth qui veut reconstruire sa réalité dans le discours.

Sur le plan intérieur, Poroshenko est en grande difficulté. Les promesses du Maïdan d'un monde meilleur s'écroulent devant les réalités quotidiennes des bâtiments publics, notamment les hôpitaux, non chauffés en plein hiver, de l'absence d'eau courante chaude dans la plupart des régions du pays, de la chute vertigineuse du pouvoir d'achat, de l'augmentation des tarifs, etc. La crise sociale est telle qu'une allumette pourrait mettre le feu aux poudres, mais les pompiers internationaux veillent au grain et contiennent le feu faute de chercher à l'éteindre, ils ont encore besoin de cet espace dans leur jeu et de cet espace en situation instable. 

Pour autant, la cote de popularité de Poroshenko oscille entre 5% et 10% d'intentions de vote selon les sources ukrainiennes, avec un antiraiting de plus de 50% (pourcentage de personnes qui ne voteront pour lui dans aucun cas). Sachant que dans tous les cas de figure, il est donné perdant au deuxième tour, si jamais il y arrive. Il faut dire que le paysage politique est totalement desséché, aucune figure ne donne espoir à la population fatiguée par presque 5 années de descente aux enfers. La personnalité politique la mieux placée, avec 18% d'intention de vote est l'éternelle Timochenko. Autant dire que c'est le vide : le renouvellement des élites a fait place à leur disparition.

Or justement, après cette opération, Poroshenko a réuni le Conseil de sécurité nationale et a soutenu l'introduction devant le Parlement de la loi martiale. En même temps, Poroshenko ne veut surtout pas d'une véritable guerre, il a immédiatement déclaré qu'il ne s'agit pas de mobiliser la population, de déclarer la guerre à la Russie, etc. Pourtant, il met l'armée en état d'alerte maximum. Ce n'est finalement qu'un jeu politique qui peut permettre de décaler sine die les élections, qui ne peuvent se tenir tant que la loi martiale est en vigueur. Mais l'Ukraine n'est pas un acteur politique apte à résorber un conflit, si tant est qu'un tel acteur existe aujourd'hui.

Si sur le plan intérieur, la situation est claire, au niveau international le conflit est transféré au Conseil de sécurité de l'ONU, qui ne pourra que prendre acte de la situation, puisque tel est son rôle. Aucune SDN ou aucun ONU n'ayant jamais réellement pu empêcher un conflit entre pays puissants.

Pour autant, un résultat a déjà été atteint. Chacun cherchant à trouver les limites de l'autre, la Russie a montré sa volonté réelle à défendre son territoire : ce n'est pas parce qu'elle ne veut pas du conflit, qu'elle ne prendra pas toutes les mesures pour se défendre. Pour ceux qui avaient un doute, la Crimée est russe. De jure et de facto.

Karine Bechet-Golovko

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