Elections présidentielles : quel visage sera choisi pour l'Ukraine post-Maïdan ?

 
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12 mars
16:39

Elections présidentielles : quel visage sera choisi pour l'Ukraine post-Maïdan ?

Le 31 mars 2019 se déroulera le 1er tour des élections présidentielles ukrainiennes. 44 candidats, une défiance populaire record, des scandales de corruption qui n'en finissent pas, le projet Maïdan tourne court, mais rien n'est prévu pour le remplacer. L'UE et le FMI dictent les réforment à adopter pour que le budget soit maintenu sous alimentation parentérale. Les Etats-Unis et l'OTAN s'occupent de la "défense" du pays en entretenant le conflit dans l'Est. Finalement, analyser sérieusement le fond des élections ukrainiennes  revient à se demander quelle marionnette sera choisie par les forces d'occupation pour les représenter et assumer leurs décisions. Avant que le pays ne présente plus aucune intérêt et puisse gentiment s'écrouler de lui-même.

Ces élections présidentielles ukrainiennes interviennent dans le cadre de l'échec du coup d'Etat du Maïdan à faire de l'Ukraine ce pays "européen", tel que les fantasmes populaires ont pu le dessiner. Les réformes ont conduit à une augmentation record des charges pesant sur les ménages, à une baisse des revenus, à une augmentation des prix, à une désorganisation des services publics, notamment médicaux, avec des pénuries de médicaments et le retour de certaines maladies que l'on pensait disparues.

Institutionnellement, l'Ukraine n'est plus souveraine, puisqu'elle ne peut librement décider des réformes à mener, des lois à adopter : les aides internationales étant soumises à l'adoption de lois concrètes. Ce que Tusk affirme sans ambage :

"Au cours de l'année écoulée, le gouvernement a adopté un certain nombre de réformes, notamment sur les retraites et les soins de santé, qui seront douloureuses à court terme mais qui, à long terme, rendront l'Ukraine plus forte."

En effet, douloureuses. Par exemple, selon des sources ukrainiennes, la réforme de la médecine a conduit à la fermeture massive d'hôpitaux, à la démission de médecins, à la fermeture des services du SAMU, à la raréfaction de l'accès aux soins dans les campagnes et au paiement total des soins, notamment pour les maladies graves. C'est en gros la liquidation de la médecine publique, qui ne comprend plus qu'une liste déterminée chaque année de soins (uniquement désormais les soins et manipulations de base) et de traitements précis (par exemple, les vaccins pour la tuberculose ne concernent que les groupes à risque, alors qu'il y a une épidémie actuellement). Tout le reste est à la charge du patient. Pour que les médecins et les centres de soins restent publics, ils doivent avoir un nombre minimum de patients. Sinon, ils seront fermés. En ce qui concerne la réforme des retraites,  elle a été lancée car, selon l'ONU, la majorité des personnes âgées aujourd'hui en Ukraine vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette réforme a conduit au recul de l'âge de la retraite sans qu'une augmentation significative du montant ne vienne régler le problème de la pauvreté. La retraite moyenne est maintenant de 80 euros, soit 2562 gryvni, pour passer à 2585 gryvni, ce qui fait environ 1,50 euros d'augmentation cette année. Ensuite, il doit y avoir une indexation (que le gouvernement n'a pas budgété) et une légère augmentation annuelle (environ 7 euros) sur quelques années. Il faut maintenant avoir travaillé 35 ans pour avoir droit à une retraite et, selon les experts ukrainiens, vu l'augmentation du taux de chômage, cela va être problématique pour des millions de citoyens. Avec cela, les tarifs du gaz et de l'électricité ont augmenté au 1er janvier jusqu'à 24%.

Dans ce contexte, l'on ne peut pas dire que la politique menée ait un très grand soutien intérieur. Selon un dernier sondage, deux tiers des personnes interrogées ne soutiennent pas le cours politique en Ukraine, contre un cinquième qui y est favorable. Cela se voit également par l'ampleur du rating négatif de Poroshenko (48,3%). Mais aussi de Timoshenko, dont le visage est de toutes les révolutions (29,5%).

Bref, il est difficile de faire un choix pour les prochaines élections présidentielles et la société n'est pas particulièrement enthousiaste. Comme nous l'avions écrit (voir notre texte ici), l'acteur Zelensky est en tête des intentions de vote (25,1%), ce qui confirme le rejet pour les acteurs politiques traditionnels, qui ont tous eu le temps et le loisir de se discréditer. Le dernier scandale en date, le détournement de fonds publics organisé par les proches de Poroshenko, achetant du matériel militaire usagé en Russie pour le revendre au prix du neuf à l'armée ukrainienne. Quant à Timoshenko, de gros doutes pèsent sur le financement de sa campagne électorale, des millions de gryvni auraient été déposés par de simples mères de famille. C'est en tout cas ce que révèle l'enquête menée en Ukraine par "Nachy Hrochy". Ce qui n'empêche pas ces deux individus de se battre pour la deuxième place avec environ 16%.

Il semblerait pourtant que Poroshenko ne soit plus autant protégé par l'Occident, il est vrai que ses chances de gagner sont minimes, donc les curateurs ouvrent les yeux pour chercher un nouveau visage et les chiens se défoulent. Certainement coïncidences, la presse internationale s'inquiète de la corruption autour de Poroshenko ... Cette fois-ci, Poroshenko pourrait avoir du mal à en sortir, car il est attaqué sur les deux flancs en même temps : et par Timoshenko, qui promet de le mettre en prison si elle est élue, et par les nationalistes, qui l'accusent de trahir et de vouloir les détruire. Avakov, qui est quand même ministre de l'Intérieur, se rapproche avec l'oligarque Kolomoïski et de Timoshenko, et accuse Poroshenko d'acheter des voix selon un schéma très simple : des membres de son staff électoral vont en province vers les habitants les plus pauvres, leur demandent s'ils sont prêts à soutenir Poroshenko en contrepartie d'une aide budgétaire, s'ils acceptent, ils sont conduits vers l'administration locale pour être inscrits sur une liste d'aide sociale.

Que ce soit Zelensky ou Timoshenko, sur le fond, ça ne changera rien. L'Ukraine ne survit que grâce aux aides internationales et ces aides seront conditionnées à la mise en oeuvre de réformes néolibérales radicales. Quant au conflit intérieur dans le Donbass, il durera tant que le conflit primaire entre les deux visions du monde, atlantiste et multilatérale, porté par les Etats-Unis et la Russie n'aura pas débouché sur un gagnant et un perdant. Ce jour-là, l'Ukraine ne présentera plus aucun intérêt, les aides occidentales prendront fin, car le pays sera déclaré incapable de se réformer, il sera en faillite. Si la Russie remporte ce combat, elle sera la seule à vouloir aider l'Ukraine. Et seulement après cela, le pays pourra se reconstruire, si la société, entre temps, n'aura pas été trop affaiblie. Sinon, il sera partagé entre ses voisins. 

Quel est l'intérêt de ces élections ukrainiennes ? Très relatif ... Les forces atlantistes d'occupation doivent choisir leur visage national. Pour les Ukrainiens, le combat est ailleurs.

Karine Bechet-Golovko

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