Gilets jaunes Acte 4: le Gouvernement fait monter d'un cran la répression, sans apporter de réponse sur le fond

 
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10 décembre
20:48

Gilets jaunes Acte 4: le Gouvernement fait monter d'un cran la répression, sans apporter de réponse sur le fond

Ce 4e Acte des Gilets Jaunes a fait monter la communication d'un cran, tout autant que la répression. Evidemment, les Gilets jaunes n'étant pas les tueurs à gages que le Gouvernement annonçait (voire espérait), ils n'ont pas tiré sur le bon peuple de France et de Navarre. Mais l'opération dénigrement est en route, l'opposition est idéologique : Macron ne peut répondre à la demande des Gilets Jaunes d'un retour de l'Etat, puisqu'il est là pour implanter la mondialisation grâce au recours massif au management. C'est une rupture idéologique, l'individu au service du chiffre, donc on frappe, on gaze, on discrédite, on menace de prison. L'Acte 4 a dévoilé la consommation de la rupture entre le peuple français et ces élites mondialisées.

Comme nous l'avions écrit, nous sommes loin de la guerre civile, malgré la campagne sans précédent de communication mise en place par le Gouvernement, qui instrumentalise à cette fin et la police et la racaille (voir notre texte ici).

Alors qu'une attitude de fin du monde était de rigueur dans les médias et les politiques, certaines scènes sont passées totalement inaperçues, bien que hautement symboliques. Par exemple, ce concert près de la Bastille, avant que les policiers n'aient l'ordre de rétablir l'ordre macronien et qu'un policier semble bien apprécier :

Des barrages étonnamment filtrants ont permis de laisser passer la racaille et les extrémistes en général sans Gilets jaunes, mais parfois aussi cachés sous des Gilets Jaunes, qui ont largement contribué à dégrader la situation. En revanche, les policiers ont bloqué les Gilets Jaunes qui avaient pris des masques à gaz, l'expérience ayant déjà démontré leur utilité.

Sur le plan médiatique, des charges ont été lancées, donnant des images faisant sursauter:

Evidemment, la police ne s'est pas jetée sur le drapeau, mais allait à ceux qui étaient derrière. Pourtant, dans la société de communication dans laquelle nous vivons, les images peuvent être fatales et le Gouvernement semble tout faire pour reporter la rage populaire dirigée contre Macron sur les forces de l'ordre. Qui jouent encore le jeu. L'on a vu apparaître des "arrestations préventives", c'est-à-dire que la personne n'a en fait encore rien, mais elle pourrait... Cela aurait été bien s'il s'était agi de la racaille qui se promenait tranquillement dans Paris et que les Gilets Jaunes tentaient eux-mêmes d'écarter. Mais les priorités étaient ailleurs. Au passage, si l'on croit les premiers chiffres à avoir été diffusés, à savoir un millier d'arrestations pour 30 000 manifestants, cela fait ... 1 personne sur 30? Macron se rapproche des statistiques de Corée du Nord ... Avec les dernières statistiques officielles, cela ferait 1 personne sur 65 arrêtés et 1 personne sur 32 interpellée. Ce n'est pas mal, quand même pour ceux qui appellent partout dans le monde à laisser les gens s'exprimer.

L'attaque lancée par Macron contre les Gilets Jaunes est en trois temps:

  1. Diminuer au ridicule la participation, pour montrer que les Gilets Jaunes ne sont pas le peuple, mais une minorité: Castaner parlait de ces 10 000 personnes dans toute la France ... Toutefois, elle n'est pas de ces minorités dirigeantes, donc la réaction ne peut être à la mesure de ce qui est attendue. La Croix annonçait 30 000 participants dans toute la France, ce que les Policiers en colère dénient en rappelant que ça ne correspond même pas à une rencontre à domicile de l'OM. Eux annoncent 520 000 personnes en France, quand les médias ont remonté leur statistique à 130 000, ne prenant même plus la peine comme lors de la première manifestation de préciser que ce sont les données officielles et qu'il en existe d'autre.
  2. Volonté d'un contrôle total du discours: Non, il n'existe plus rien d'autre que la parole officielle. Celle-ci doit donc être maîtrisée et ce et ceux qui sortent du moule également "maîtrisés". Dupont-Aignant tombe sous le coup d'une inculpation pénale: pas de critique. Julien Coupa "risque d'influencer le mouvement" - il est interpellé. Certains leader de fait des Gilets Jaunes pris en main et calmés net après interpellations et perquisitions. 
  3. Remplacer l'action par la communication: Macron ne peut satisfaire sur le fond l'ensemble des revendications car la fracture est idéologique. Donc il lace des consultations, pour jouer la durée et faire retomber le mouvement, l'enterrer dans les marais des Commissions, Conseil et autres grand-messes des élites devant consulter le peuple sans prendre le risque de lui donner la parole.

Et ici le Gouvernement se trompe, le peuple ne veut pas prendre la parole, il veut des réponses, il veut que ses élus gèrent le pays dans ses intérêts. Il veut vivre dignement, profiter de sa retraite après avoir travaillé toute sa vie, il veut des hôpitaux qui fonctionnent, des école où il est possible d'apprendre, il veut avoir sa place dans son pays.

En attendant, la situation se détériore et se radicalise dans tout le pays. Voyons ce que le Président annoncera ... et quelles seront les réactions. Quatre semaines de silence dans une crise de cette ampleur, c'est une faute politique impardonnable, mais qui a permis d'ouvrir les yeux sur l'état de la gouvernance en France.

La conciliation risque d'être difficile, car la crise n'est pas que sociale, elle est idéologique. Elle concerne la vision de l'homme et de la société. Par les différentes réformes, fiscales, des retraites, de l'énergie, c'est toute une transformation de la société qui est voulue, et qui est rejetée par ce qui avait été appelé "la France périphérique".

Un Acte 5 est en préparation et les journalistes sont surpris à la fois du fait que les Gilets Jaunes n'aient pas attendu la parole divine qui devrait finir par tomber et que la liste des revendications s'allongent. La contestation est fondamentale, elle n'est pas technique et, manifestement, il n'y a plus aucune attente rationnelle en Macron. L'acharnement de Macron met en danger les institutions républicaines.

Karine Bechet-Golovko

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