Gilets jaunes. Entre fiscalité et identité

 
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19 décembre
00:46

Gilets jaunes. Entre fiscalité et identité

Lancé le 17 novembre en France, le mouvement « Gilets jaunes » (GJ) déborde aujourd’hui des frontières françaises. Ça et là, des citoyens insatisfaits gagnent les rues pour dénoncer qui les pleins pouvoirs de l’oligarchie, qui la surtaxation des retraites, qui la baisse du pouvoir d’achat. Cette expression, « le pouvoir d’achat », revient le plus souvent. On s’en souvient, le mouvement avait été déclenché, sur le terrain, par la hausse des prix du carburant. Il aboutit, pour le moment en tout cas, à deux types de revendications : fiscales, motivées par un appauvrissement flagrant de la population, notamment celle de la France périphérique ; politiques, motivées par le trop plein de pouvoirs dont jouit l’oligarchie autocratique aux manettes au détriment d’un peuple dont le sort ne l’intéresse que trop peu.

Concrètement, sur la fiscalité, Macron avait tenté d’apporter quelques éléments de réponse dans son allocution du lundi 10 décembre. Celle-ci a été perçue comme un échec ou plutôt comme une énième arnaque. Ainsi, la promesse de l’augmentation de 100 euros du salaire des smicards légaux avait déjà été prévue dans son programme mais devait être étalée sur trois années supplémentaires. Deux inconnues aggravent le piètre choix de cette mesure : s’agit-il de 100 euros nets ou de 100 euros bruts ? Comme l’employeur ne payerait pas de crainte d’un nouveau plongeon de la courbe du chômage, qui payerait ? Le contribuable plus aisé ? Macron en vidant sa tirelire ? On a depuis appris que seule la moitié des smicards serait concernée. Abstraction faite du caractère elliptique des mesures formulées, se pose, plus aigue que jamais, la question du financement. Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Action et des comptes publics, évoque une hémorragie de 8 à 10 milliards d’euros, considérable et c’est peu dire, sachant que l’UE coûte déjà plus de 50 milliards annuels à la France et qu’à cette somme coquette s’ajoutera l’inéluctable compensation du trou monétaire des 15 milliards annuels creusé par le Brexit. Au stade où nous en sommes, Macron est astreint à des miettes de mesurettes et nul ne peut lui en faire le reproche : la France, à l’instar, voire encore plus que ses compagnons d’infortune pris dans le carcan de l’Europe unie, se saigne aux quatre veines depuis voilà 45 ans. L’anémie est telle que les primes ou le gel de l’augmentation de la CSG, même si elles sont réalisées, porteront le coup de grâce à une économie qui s’essouffle.

En termes politiques, la conférence de presse parisienne et les banderoles de l’acte V des GJ ont révélé une prise de conscience citoyenne sans précédent. En exigeant l’instauration du référendum d’initiative citoyenne (RIC), une analogie du référendum direct appliqué de longue date dans les cantons suisses, d’un côté, les GJ ne demandent pas la lune. Dans l’article 3 de la Constitution française, la « souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie référendaire ». D’autre part, il existe un écart conséquent entre la France telle qu’elle était sous le Général de Gaulle et telle qu’elle est aujourd’hui. Après le départ du Général, presque aucun référendum n’avait été lancé. Le seul qui aurait pu être digne de ce nom, sur la Constitution européenne, a été bafoué parce que les résultats obtenus desservaient la Commission UE. L’Union Européenne est pilotée par des technocrates, eux-mêmes aux petits soins des banques. A l’intérieur même des anciens Etats-nations se sont formées, ces quatre dernières décennies, des enclaves ethno-confessionnelles mortifères dont les représentants, pour la plupart français de passeport, ne partagent ni les valeurs, ni les visions politiques des autochtones. Leur proportion pouvant, à court-terme, porter atteinte au monoethnisme historique dominant de la nation, fatalement, l’application du RIC ne sera pas facilitée par les contradictions de ces deux France.

Même si le mouvement des GJ développe une plateforme politique intéressante, que le RIC posera tôt ou tard la question européenne et migratoire, le mouvement a du plomb dans l’aile pour trois raisons :

  • Sur le terrain, les GJ ne présentent aucun projet civilisationnel. Leurs propositions, certes très justes, sont avant tout fiscales et politiques. Or, au Système en présence qui lui s’appuie sur une idéologie techno-marchande bien définie, il est vital d’opposer un Système spirituel qui ait déjà fait ses preuves : le christianisme qui, au-delà de l’Eglise et de la Foi, est le moule sociétal dans lequel la France s’est formée durant plus de mille ans. Ce retour aux sources ne commence pas par le rétablissement du pouvoir d’achat ou la mise au ban des oligarchies mais par un appel à la fermeture des frontières face à la déferlante islamiste, par la défense des églises, des crèches et des croix, par la demande d’abrogation des lois  telles que le mariage homosexuel et l’expurgation du « gender » des programmes scolaires. Ces revendications vont au-delà du religieux. Elles interpellent tout autant les athées.
  • Composée de vingt-cinq points, la Charte des Gilets jaunes montre qu’il y a une volonté de rendre à la France les fondamentaux de sa souveraineté. Le Frexit, la sortie de l’OTAN et le retour à la dette souveraine y sont explicitement préconisés. Pour ce faire, il faut plusieurs leaders prêts à se présenter aux élections anticipées si celles-ci interviennent ou un leader prêt à prendre la tête d’un gouvernement de transition si celui-ci précède la tenue des élections. Qui sera (seront) cet (ces) personnalité(s) ? Sur le terrain, comment se fait-il que les revendications soient à tel point éparses ? Que le leitmotiv du pouvoir d’achat revienne en boucle alors que la question du Frexit ou de l’anti-Marrakech se pose trop peu, voire pas du tout dans un certain nombre de régions ? Nous sommes forts parce que nous n’avons pas de leaders, clament des portes-parole des GJ. Certes, pour les premiers actes, mais par la suite ?
  •  Chaque chose en son temps. L’objectif premier du mouvement se résume logiquement au départ de ce gouvernement et à la dissolution de l’Assemblée nationale. Après la signature du Pacte de l’ONU sur l’immigration, le mensonge de Macron concernant son ouverture à un éventuel débat sur l’immigration après signature, le jour même, dudit Pacte, après les violences gratuites ou disproportionnées dont des Français tout à fait pacifiques ont fait l’objet, il est flagrant que les « révolutions du samedi », les « opérations péage gratuit » ou les blocages routiers ne suffisent pas. On saluera naturellement l’extrême courage de ceux qui, contre vents et marées, sont derrière, mais la réalité est encore plus dure. La relative désescalade de l’Acte V ne s’explique pas essentiellement par les mesures de coercition policières, les sommations de l’Elysée, l’attentat de Strasbourg, la fermeture du métro, le tri des GJ « modérés » ou « radicalisés » à l’entrée des Champs-Elysées, la météo ou je ne sais quoi encore. Elle résulte d’un facteur psychologique peu évoqué : l’usure qui accompagne toujours les évènements séquencés. L’eau chauffe mais ne peut parvenir à ébullition parce que la cuisinière est trop vite éteinte. La procèdure se répétant, elle s’évapore de plus en plus. Ici, le mécanisme est le même. Selon l’IFOP, 75% des Français soutiendraient l’action des GJ. On en déduit que près de 40% d’entre eux pourraient rejoindre physiquement le mouvement en le maintenant tous les jours. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut réprimer ou licencier 40% de la population. Déjà que le prix de l’apaisement est, dit-on, très, même trop élevé ... !   

Pour que les réformes institutionnelles, sociétales et économiques prévues se fassent dans les meilleures conditions, il faudrait qu’elles reposent sur deux piliers : la souveraineté suivant les quatre définitions immuables qui la caractérisent comme minimum depuis le XVIème siècle ; le legs spirituel des siècles qui ont fait la France et qui, par-delà les dogmatismes, constituent un mode de vie et de pensée. On ne remplace pas le Vide par du Vide. Même revêtu de nobles et rationnelles intentions.

Le ressassement du fiscal, parfois même le tout-fiscal, d’un côté, met à mal un gouvernement qui n’a d’argent que pour s’affranchir des mutiples oukazes de la Commission européenne, payer les intérêts d’une dette impayable et nourrir des politiques remplacistes. De l’autre, elles lui donnent l’opportunité de s’en « sortir » ou en tout cas de feindre s’en sortir en larguant des mesurettes passablement soporifiques. Elle créent aussi une fausse impression d’ensemble à l’étranger. Les médias russes hésitent encore entre la version « révolution orange » téléguidée par les reptiliens sorosites pour qui le scénario d’une Europe en guerre serait une aubaine et la version des « Français génétiquement révolutionnaires habitués à monter sur les barricades pour un oui ou pour un non ». Nous savons que cela n’est pas le cas et que d’ailleurs tout mouvement, même à supposer qu’il résulte d’une tentative d’ingérence subversive, peut être à ses débuts bénéfiquement exploité par le peuple censé initialement en être le pantin. Avec le maelström antiremplaciste qui a eu lieu le dimanche 16 décembre à Bruxelles et la montée des nationismes dans, comme minimum, six pays de l’UE, la vague jaune s’inscrit dans une tendance qui n’en est qu’à ses balbutiements. La diplomatie seule ne suffira pas à briser le monde contre-nature édifié pendant plus de quatre décennies. Par contre, dès maintenant, un programme précis et des candidats d’un grand courage et d’une grande compétence non issus des partis, s’imposent. Quand on a un plan d’évasion, il faut déjà savoir où l’on va.

Françoise Compoint

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