A la petite cuillère: la Russie dans la guerre en Syrie

 
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2 mars
11:04

A la petite cuillère: la Russie dans la guerre en Syrie

Dans toutes les guerres depuis l'Antiquité, si la puissance de la cavalerie puis de l'artillerie et de l'aviation a su faire la différence sur de nombreux champs de bataille, aucune guerre n'a été gagnée sans que la "reine des batailles", l'infanterie, n'occupe le terrain et le nettoie.

La Russie, dans cette guerre en Syrie contre le terrorisme des proxys étasuniens, après avoir offert une reconquête du territoire national à Damas avec ses aviateurs, missiliers et forces spéciales, vient d'engager aujourd'hui son infanterie dans la reconquête de La Goutha.

La comparaison faite par certains analystes, russophobes ou pessimistes, de l'engagement russe en Syrie avec le "tombeau des empires" est exagérée car ici Moscou, dans son combat pour la libération de Damas est très loin de la situation vécue en Afghanistan :

  • la Russie ici n'est pas seule mais au centre d'un axe de la Résistance puissant qui se bat a visage découvert sur son sanctuaire chiite,
  • le terrain est différent est plus adapté à la guerre moderne, contrairement aux maquis inexpugnables des montagnes afghanes,
  • depuis l'Afghanistan puis la Tchéchénie, l'armée russe à su s'adapter aux conflits asymétriques et à la lutte contre un terrorisme militaire.

Personnellement je vois dans cette nouvelle étape militaire russe en Syrie plusieurs explications:

  • l'infanterie permettra de limiter les dommages collatéraux des bombardements occasionnés sur une population prise en otage par les groupes djihadistes.
  • la présence au sol d'unités russes va obliger les occidentaux qui ont des centaines de "conseillers" militaires sur le terrain à dégager... ou affronter officiellement et directement la Russie.
  • la Russie en se positionnant officiellement sur le territoire syrien en accord avec Damas, oblige une révision de l'interventionnisme occidental et d'une escalade avec la Turquie ou Israël par exemple.

On sait que depuis janvier les "anciennes" puissances coloniales de la région (France Angleterre) avec les USA, Israël et les Émirats arabes étudient une partition de la Syrie pour servir leurs intérêts et contrer l'arc chiite de la résistance. L'engagement russe aujourd'hui va faire avorter ce néo colonialisme agressif sauf si les occidentaux veulent jouer la carte suicidaire d'une 3ème guerre mondiale où dans le Levant ils ont déjà perdu la main et leur dignité.

En attendant, l'infanterie russe va concrétiser la promesse de son Commandeur lorsqu'il disait qu'il fallait pourchasser les terroristes "et les buter jusque dans leurs chiottes".

Erwan Castel

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L’armée de terre russe à Damas

Tous les commentateurs ont souligné au cours des quatre dernières années l’impossibilité pour la Russie de déployer des troupes terrestres face aux jihadistes en Syrie au risque de revivre leur défaite d’Afghanistan. Mais ce qui est vrai si Moscou s’affronte par proxies interposés à Washington, est faux si les deux Grands s’accordent sur l’avenir non seulement de la Syrie, mais de la région. Thierry Meyssan a été le premier au monde à annoncer l’arrivée de l’armée russe en Syrie, en 2015. Il est aujourd’hui le premier à annoncer le déploiement de son infanterie.

ashington a décidé de reléguer le projet de destruction des États et des sociétés du Moyen-Orient élargi au second plan de ses préoccupations, et de concentrer ses forces pour s’opposer au projet chinois de route de la soie. C’est ce qui aurait été acté par le président Donald Trump et le Premier ministre australien (représentant les Britanniques) Malcolm Turnbull, le 24 février à la Maison-Blanche.

Il ne s’agit pas simplement du conflit traditionnel entre l’Empire maritime anglo-saxon d’une part et le projet commercial terrestre chinois d’autre part. Mais aussi du danger que fait courir l’industrie chinoise à celle de l’ensemble du monde développé. Pour faire vite, alors que dans l’Antiquité, les Européens étaient avides des soies chinoises, aujourd’hui tous les Occidentaux craignent la concurrence des voitures chinoises.

Beijing ayant renoncé à faire passer la route de la soie sur son tracé historique de Mossoul et de Palmyre, les États-Unis n’ont plus d’intérêt à sponsoriser des jihadistes pour créer un Califat à cheval sur l’Iraq et la Syrie.

C’est également le 24 février que la Russie et les États-Unis ont présenté la résolution 2401 au Conseil de sécurité ; texte qui était déjà prêt depuis la veille et dont pas un mot n’a été changé tandis que l’on faisait mine de poursuivre des tractations.

Prétendument adoptée en réponse à la campagne médiatique française pour sauver la population de la Ghouta, cette résolution traite en réalité de la solution pour presque toute la Syrie.

Elle laisse en suspens la question du retrait des troupes turques et états-uniennes. Concernant ces dernières, il n’est pas impossible qu’elles rechignent à quitter l’extrême Nord-Est du pays. En effet, si la Chine décidait de faire passer la route de la soie par la Turquie, Washington soufflerait sur les braises pour créer un Kurdistan en territoire kurde (si l’on admet que l’Anatolie du Sud-Est n’est plus un territoire arménien depuis le génocide) et couper la route de Beijing.

Moscou a déplacé de nouveaux avions sur sa base d’Hmeimim, dont deux avions furtifs Su-57 ; des bijoux de technologie que le Pentagone n’imaginait pas opérationnels avant 2025.

Surtout, Moscou, qui jusqu’à présent limitait son engagement en Syrie à son armée de l’Air et à quelques Forces spéciales, a secrètement acheminé des troupes d’infanterie.

Le 25 février au matin, l’Armée de Terre russe est entrée aux côtés de l’Armée arabe syrienne dans la Ghouta orientale.

Il est désormais impossible, pour qui que ce soit, d’attaquer Damas ou de tenter de renverser la République arabe syrienne sans provoquer automatiquement de riposte militaire russe.

L’Arabie saoudite, la France, la Jordanie et le Royaume-Uni, qui avaient secrètement constitué le « Petit Groupe », le 11 janvier, afin de saboter la paix de Sotchi, ne pourront plus rien entreprendre de décisif.

Les gesticulations des ministres britannique et français des Affaires étrangères, Boris Johnson et Jean-Yves Le Drian, ne peuvent masquer le nouvel accord entre la Maison-Blanche et le Kremlin ainsi que la légalité internationale de la présence militaire russe et son action en faveur des civils prisonniers des jihadistes.

Ils ne peuvent espérer remettre cet accord en question comme leurs pays respectifs le firent en juillet 2012, tant les situations sur le terrain et dans le monde ont changé.

Si nécessaire, nous feindrons tous de ne pas savoir que les deux principales factions armées présentes dans la Ghouta orientale (la pro-saoudienne et la pro-qatarie) dépendaient d’Al-Qaïda. Elles seront discrètement exfiltrées. Les officiers du MI6 britannique et de la DGSE française (qui agissaient sous couvert de l’ONG Médecins sans frontières) seront rapatriés.

La guerre n’est pas terminée sur l’ensemble du territoire, mais elle l’est déjà à Damas.

Thierry Meyssan

 

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