Le libertarisme façon Zelensky ou le suicide politique : l'avenir de la Macronie ?

 
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24 mai
19:06

Le libertarisme façon Zelensky ou le suicide politique : l'avenir de la Macronie ?

Si la France ne se réveille pas et si les Français ne font pas preuve de plus de maturité politique, ce qui se prépare en Ukraine avec Zelensky, à savoir la mise à mort de l'Etat, rendu volontairement incapable d'assumer ses fonctions, et la barbarisation de la société sous le slogan de la "liberté totale" des libertaires, revenant en fin de compte au simple principe de la survie des plus forts au prix des plus faibles, tout cela pourra facilement être introduit par la prochaine figure présidentielle française. La population y est préparée depuis longtemps, elle est déjà smartphonisée à souhait, habituée à réagir émotionnellement et non rationnellement, sur l'instant et sans aucune perspective historique. Voici en détail le suicide de l'Ukraine programmée par les conseillers de Zelensky. Je vous laisse faire le parallèle avec la France, ou plutôt avec la Macronie. L'Ukraine est le laboratoire de l'Europe néolibérale, ne l'oubliez pas. Et la figure assumée de Reagan en référant ne laisse planer aucun doute.

En même temps, et Zelensky et son conseiller, considéré comme l'idéologue de service, Rouslan Stefantchouk, ont dévoilé ce qu'il est convenu d'appeler le programme politique du nouveau président. Déjà élu. Donc élu sans programme politique. Simplement contre Poroshenko.

Pour les russophones, puisque Zelensky s'est exprimé en russe, sa langue maternelle et celle manifestement la mieux comprise par cet auditoire, une bulle privilégiée, totalement déconnectée des problèmes sociaux abyssaux quotidiens, voici l'intervention présidentielle, sorte de show pour vendre le dernier IPhone, lors du Forum technologique 2019 

Zelensky a tiré les leçons de l'échec de l'Ukraine post-Maïdan à rétablir un système étatique détruit par le coup d'Etat et fragilisé par l'arrivée massive d'incompétents et de ministres étrangers, défendant d'autres intérêts. Si l'Etat ne marche plus, car nous ne sommes plus capables de le construire, il faut l'accepter comme une donnée - et le faire entrer dans un smartphone.

Comme il déclare, ce qui rappelle par ailleurs le fanatisme numérique en Russie, encore plus qu'en France, et vers lequel il lance une Ukraine désindustrialisée, surendettée, dévastée socialement, sous tutelle internationale :

"Evidemment, les fonctionnaires utilisent 4 mots : innovation, digitalisation, hyperloop, Elon Musk. Après quoi, ils disent "il faut changer quelque chose". Et bien moi je ne peux rien changer".

Il envisage concrètement la numérisation de l'Etat, qui est en cours. Lorsque vous connaissez la qualité des connexions internet dans les campagnes, que vous imaginez une discussion surréaliste avec une grand-mère qui n'arrive pas à payer ses factures, à se chauffer normalement en hiver, à se faire soigner à l'hôpital, à trouver ses médicaments, à manger de la viande tous les jours, pour lui dire que le plus important est pour elle d'investir dans un smartphone et que sa vie deviendra ... que du bonheur. Bref, réduction générale du rôle de l'Etat vendue avec la promesse d'une baisse des impôts car : la médecine sera entièrement payante, l'école à la carte, etc. La conception néolibérale de l'Etat prestateur de services est ici poussée à l'extrême. Et évidemment, l'Etat ne doit pas se mêler de l'économie. Comme l'industrie a été détruite, que l'agriculture n'est pas exportable hors Russie, de toute manière il n'y a déjà plus grand-chose à faire. Cela tombe bien, rien ne sera fait, en tout cas par le président.

Et quelle importance, quand le bonheur est dans son smartphone ? Et d'ailleurs, afin de rendre la démocratie beaucoup plus directe, les lois doivent être numérisées (l'information législative est déjà publiée en ligne, passons) et chacun doit pouvoir, depuis son smartphone, les modifier - car l'ère de la procédure législative écrite est trop vieille. Bref, c'est le chaos, non pas libertaire, mais anarchique. Primaire. Mêlé d'une inculture crasse.

Dans le même temps, l'idéologue et conseiller du président, Rouslan Stepantchouk donne une interview au site ukrainien LB.ua (ici en ukrainien) affirmant la filiation idéologique libertaire de cette nouvelle équipe présidentielle, sans vraiment préciser en quoi les propositions principalement néolibérales défendent les principes libertaires, ce que les représentants en Ukraine de ce mouvement soulignent par ailleurs. Et, en effet, selon Stepantchouk, la principale mission de cette présidence est de briser le système étatique en place, que, selon lui, deux révolutions n'ont pas réussi à totalement détruire. Le modèle qu'il propose est celui de l'Etat-service, dans lequel le business peut intervenir à tous les niveaux. Sans aucune dimension sociale.

Autrement dit, le Maïdan est un échec. Non seulement car, finalement, ils n'ont pas réussi à changer le système, mais qu'ils n'ont pas non plus réussi à convaincre les gens. A ce sujet, une pétition contre Zelensky vient de sortir, dans laquelle il est indiqué que la population ne le soutient pas à 73%, la population est contre Poroshenko à 73% et que les premiers pas de ce nouveau président conduisent à demander sa démission. Très rapidement, cette pétition sur le site présidentiel a atteint plus de 25 000 signatures.

Le chef de l'administration présidentielle, Bogdan, l'avocat de Kolomoïky, a déclaré que cette pétition était considérée comme une plaisanterie, qu'elle ne sera donc pas analysée sérieusement. Et pour cause, comme l'a déclaré Stephantchouk, cette équipe n'est pas là pour plaire aux électeurs (c'est certainement la raison pour laquelle elle a dévoilé ses intentions après l'élection), mais pour remplir leur mission : détruire l'Etat ukrainien, en faire une plateforme de services. Et que chacun survive - s'il le peut.

Dans quelle mesure, avec un conflit chaud dans le Donbass, l'Ukraine pourra réaliser ce suicide collectif, c'est à voir. Il est vrai que la rhétorique de l'agression russe n'est qu'un discours, que chacun sait très bien que la Russie n'attaquera pas l'Ukraine et qu'elle n'interviendra pas militairement dans le Donbass. Alors peut-être que ce projet pourra être réalisé. ce qui serait vraiment dommage pour l'Ukraine.

Lorsque l'on regarde les actions de Macron, les privatisations sauvages, les réformes néolibérales, la dégradation de l'enseignement, lorsque l'on voit la régression d'une société smartphonisée à outrance, la terreur de la bien-pensance, la voie ukrainienne risque d'être l'avenir de la Macronie. Les Français ont bien voté pour Macron, il a été élu et non pas nommé, alors qu'il avait été ministre et qu'ils savaient pertinemment à quoi s'en tenir. Tout mettre sur le dos de la presse est trop facile. Les Français pourront parfaitement voter pour un Zelensky quelconque, s'ils ne prennent pas la peine de sortir de leur zone de confort pour regarder le monde autour d'eux. Enfin, ce qu'il en reste. Tant qu'il en reste.

Karine bechet-Golovko

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