L'élection de Zelensky en Ukraine : la fable du chat et du chacal

 
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22 avril
11:11

L'élection de Zelensky en Ukraine : la fable du chat et du chacal

"Un chat dans un sac est toujours mieux qu'un loup dans une peau de mouton" fut l'argument principal avancé par Zelensky lors de sa campagne électorale pour justifier l'avantage de voter pour lui, sans savoir à quoi s'attendre, et non pour Poroshenko vu son bilan. Or, il y a de fortes chances que le chat ne soit qu'un chacal dans une peau de chat. Ou pourquoi l'élection de Zelensky est à la fois un échec de la politique post-Maïdan mise en place par les Européens et les Américains, autant qu'un faux espoir de changement. 

Comme cela est bien connu, le chacal est un opportuniste, il va se nourrir de ce qui se présente, que ce soit des végétaux ou de la viande. Son intérêt principal est qu'il ne rechigne pas à nettoyer les carcasses des animaux morts, ni à achever ceux qui sont malades. Après l'époque du loup, qui a vidé l'Ukraine de son sang, est venue celle du chacal. Un chacal dans une peau de chat. Une surprise qui n'en est pas une. Et les électeurs ont massivement fait ce choix :

Poroshenko paie le prix de la politique menée après le Maîdan, qui a conduit à une catastrophe sociale, au départ de la Crimée et à la guerre civile dans le Donbass, qui n'en finit pas. C'est un pays exsangue qu'il laisse et cette farce électorale doit faire oublier un élément fondamental : ce n'est pas l'Ukraine qui décide de sa politique, de ses réformes, mais c'est l'individu qui est assis dans le fauteuil présidentiel, qui doit payer la facture, tout a un prix, l'histoire de Faust se répète éternellement. Et rien ne changera, les Etats-Unis sont là pour longtemps, comme cela a été rappelé :

Donc, peu leur importe quel visage apparaîtra sur les écrans, quelle tête parlante fera passer le message, l'important est qu'ils puissent continuer à en écrire le texte (voir notre article ici, prévoyant l'élection de Zelensky). Zelensky est une figure intéressante, elle est neuve, parfaitement virtuelle sur le plan politique et permet de prolonger l'illusion un instant. Très court instant, mais suffisant pour que les gens votent. C'est tout ce qui est attendu d'eux.

Pourtant, en arriver à devoir changer de visage à chaque mandat est le signe de l'échec de la politique des Européens et des Américains en Ukraine, après le Maïdan. Cela montre leur incapacité (ou leur absence de volonté) à mettre en place les conditions d'une véritable vie politique, à permettre enfin l'émergence d'une véritable élite politique. 

Poroshenko a beau annoncer ne pas se retirer de la vie politique, s'il a obtenu des garanties d'inviolabilité par les Etats-Unis (ce qui souligne le caractère très relatif de la souveraineté ukrainienne), les "tuteurs" n'envisagent absolument pas de lui voir jouer le rôle de l'opposant principal (dans lequel il serait de toute manière assez caricatural). Il a été remercié pour services rendus, merci et bon vent.

S'il rompt ce pacte, les "garants" ont pour habitude de rapidement oublier les garanties - orales - données un jour de bonne volonté. D'autant plus que pour l'instant, il n'y a pas de véritable opposition crédible et forte en Ukraine, elle a été (physiquement) nettoyée et Boïko (Plateforme d'opposition), s'est déjà empressé devant les micros de ne pas rejeter une proposition de collaboration avec Zelensky, qui ne lui a, par ailleurs, pas été faite.

Dans tous les cas, Zelensky n'a aucune marge de manoeuvre : pour que le budget ukrainien ne soit pas en défaut de paiement, il a besoin des aides internationales et celles-ci son conditionnées à sa soumission politique. Que ses premiers mots en "apprenant" son élection aient été prononcés en anglais, avant de se reprendre et de passer à l'ukrainien, est plus que significatif ...

En complément, voici le lien de mon interview pour RT France, à chaud juste après les premiers résultats.

Karine Bechet-Golovko

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