Les Gilets jaunes : combat eschatologique ou simple jacquerie ?

 
Actualités
14 décembre
22:42

Les Gilets jaunes : combat eschatologique ou simple jacquerie ?

Le phénomène des Gilets jaunes (ultérieurement désignés par le sigle « GJ ») reste à ce jour inclassable. S’il porte formellement les caractéristiques d’un soulèvement populaire de type prérévolutionnaire, sur le fond, il n’est ni une révolution au sens classique du terme, encore moins une réplique de mai 1968 malgré quelques convergences superficielles. Les médias russes tendent à y voir une provocation US antimacroniste, le Président de certains Français ayant remis à l’ordre du jour la création, à moyen ou long terme, d’une armée européenne supranationale indépendante de l’OTAN. Cette hypothèse aurait été validable si ce n’était quatre facteurs édifiants : le projet est vieux de 70 ans ; le sommet de Saint-Malo de 1998 a montré à quel point il était peu viable (manque de vision commune sur l’Ennemi à désigner) ; ni la France ni l’Allemagne n’ont les moyens de leurs ambitions. Enfin, verrait-on la France partager son bouton nucléaire avec Berlin ? Les USA chercheraient donc à se venger d’une immense fantasmagorie populiste ? Allons donc ! Par contre, il est patent à quel point le maelström en cours pourrait ébranler le Système en place : du système bancaire international à la réalisation du projet Koudenhove-Kalergi sur l’effacement des nations et de toute forme de spiritualité sur le Vieux Continent.

 

Je soumets à votre attention vingt points de vue recueillis par une collègue, Céline Louis. Enthousiastes ou sceptiques, chacun évoque une France révoltée en passe de se réveiller. Une révolte légitime qui, structurée et prise en charge par des Patriotes, pourra faire parvenir le pays à bon port.

 

Laurence Maugest. Titulaire d’une maîtrise de recherche en psychologie sociale. Auteur de « Ballade avec Saint Matthieu – Le retour au monde réel » et du roman « Entre deux eaux ». Publie pour Polemia et Boulevard Voltaire.

 

Nous étions hier avec le général Picquemal. Il a eu l’intelligence d’axer notre manifestation sur le Pacte de Marrakech, ce diable qui sort de sa boîte, et le référendum d’initiative populaire en faveur duquel nous avons arboré une banderole. Au début, nous étions un petit groupe d’à peu près 40 personnes. Par la suite, grâce aux banderoles, les gens se sont rassemblés. Nous avons fait le tour de l’Etoile plusieurs fois, notamment par les Champs-Elysées. Le Général a privilégié le contact direct avec les CRS qui l’écoutaient avec beaucoup d’attention et de respect. Nous nous disons déterminés à faire table rase sans se projeter sur l’après. Je pense donc que les GJ ont intérêt à réfléchir sans perdre de la spontanéité ce qui est un grand écart complexe. Le fait de recouper le Pacte de Marrakech et le projet de référendum concourt à installer une véritable démocratie. Tout le monde a sur les lèvres le nom de Marion Maréchal qui jusqu’ici a fait, à mon sens, « zéro faute ». Elle a l’air sincère, elle n’est pas instrumentalisée, elle est encore assez pure, autant de facteurs très séduisants. Après, il y a d’autres facteurs qui nous échappent. Qu’elle veuille s’engager, c’est indéniable. En a-t-elle les moyens objectifs ? Va-t-elle se faire efficacement entourer ? Quoi qu’il en soit, le phénomène des GJ marque bien la rupture entre le monde préfabriqué d’un Macron droit sorti du clan Bielderberg et la France réelle.

 

Paul-André Maur. Juriste de formation, haut fonctionnaire à la retraite. Auteur de l’essai « Le suicide de l’Occident » et de « Main basse sur la langue française ».

 

Les GJ manifestent l’excessive implication des Français dans le paiement des impôts. Ils en ont assez et il se peut que le mouvement tourne mal parce que des éléments troubles viennent s’y mêler. Néanmoins, la majorité des Français soutient leur action parce qu’il y a vraiment trop d’impôts et trop de mépris de la part du gouvernement actuel. Les JG ne sont pas organisés. La seule chose qui leur manque, c’est d’avoir une conception de la vie politique et une représentation normale des intérêts français qui devrait pouvoir se faire jour. Mais pour l’instant, malheureusement, rien n’est organisé en ce sens.

 

Pierre Hillard. Essayiste, éditorialiste et docteur en sciences politiques. Spécialiste du mondialisme. Auteurs d’un grand nombre d’essais dont « La marche irrésistible du Nouvel ordre mondial », « Chroniques du mondialisme » et « La décomposition des nations européennes ».

 

Concernant les GJ, il faut comprendre leur révolte. Les fins de mois sont difficiles ce qui légitimise leur réaction. Mais le reproche que je fais aux gens du peuple que sont les GJ, c’est que ces maux qui s’abattent sur nous étaient prévus depuis très longtemps. Maintenant que le frigo est vide, ils commencent à vitupérer contre le banquier au pouvoir et son équipe. C’est avant qu’il fallait réagir ! Les problèmes sont réels et prennent racine dans la loi de janvier 1973 (cf. Loi Pompidou-Giscard) qui fait que nous sommes obligés de payer des intérêts à une oligarchie, une sorte de tribut qui dépasse depuis 73 200 milliards d’euros. S’y ajoutent le facteur Union Européenne et monnaie unique qui nous tuent. Cependant, il faut bien se dire que tous ces fléaux peuvent être utilisés au service d’une cause. Prenez par exemple la revue « The Economist », un hebdomadaire mondialiste géré par les Rothschild qui sort traditionnellement un numéro spécial à la fin de l’année pour l’année suivante. Dans le numéro qui est sorti à la fin de l’année 2017 pour l’année 2018, vous avez sur la couverture des dessins représentant des manifestants vêtus de jaune, avec des pancartes « TTIP, NON, STOP » etc. Cela signifie que c’était déjà prévu, cela selon le vieil adage « Agiter le peuple avant de s’en servir » ! Le mouvement s’appuie sur une révolte juste car centrée sur des problèmes réels, pour ensuite la faire dévier au service d’une cause qui échappe aux GJ et qui est d’essence mondialiste. Prudence pour ne pas se faire avoir !

 

Père Louis-Marie de Blignières. Prêtre catholique, philosophe et théologien thomiste. Fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier.

 

Je pense que ce mouvement marque, comme disait Patrick Buisson, la fin d’un Cycle. Il y a une usure du Système et je pense que de petites mesures partielles ne suffiront pas à y répondre. Je ne rentre pas dans le détail des dérives et de la violence annexes qui ne sont pas intrinséques au mouvement. Je pense que c’est une partie de la France qui s’exprime et qui exprime les problèmes réels causés par sa marginalisation, d’une part, face à un accueil indiscret et excessif d’éléments extérieurs qui pèsent lourdement sur l’économie, de l’autre, par une classe ploutocratique et une oligarchie prétendument démocratique mais qui se moque éperdument du peuple.

 

Anne Brassié. Biographe, critique littéraire, journaliste, écrivain, présentatrice de l’émission « Perles de culture » sur TV-Libertés. Auteur des biographies « Robert Brasillach ou encore un instant de bonheur » et de « La Varende. Pour Dieu et pour le Roi ».

 

Je crois que c’est le réveil du pays réel. Vous vous souvenez de la comparaison de Maurras entre « pays réel » et « pays légal ». Aujourd’hui, c’est le pays réel qui entend mettre un terme à ce Système. Ce qui concerne nos vies ne doit pas être décidé par des gens qui ne connaissent ni le prix du SMIC ni le prix d’un ticket de métro, et qui sont entretenus à nos frais. Il y a une chose étonnante : cette réaction contre les élites. Les Z-élites, avec la liaison ! Tous ces gens qui se sont appropriés notre sort et qui le traitent par-dessus la jambe. Ces taxes sont innommables. Nous sommes effarés de voir à qui elle sont distribuées et toujours au détriment des Français de souche ! Ceci ne peut pas durer ! Ce qui va durer, par contre, c’est la révolte des GJ parce que le Peuple est intelligent ! Tous les Peuples sont intelligents ! Ils ont choisi le samedi, jour où beaucoup moins de gens travaillent ce qui permettra d’étaler le mouvement sur une durée indéfinie. Le gouvernement français est en mauvaise posture.

 

Jean-François Debiol. Ancien candidat UMP aux élections municipales de Rillieux (2008). Auteur des essais « Les sept blasphèmes de l’Apocalypse », « Du pouvoir au service, pour un engagement politique chrétien » et « Dans l’Invisible, ton trésor ».

 

Les GJ constituent un mouvement populaire sorti véritablement du peuple, représentant une frange besogneuse de la France et cristallisant l’ensemble des problèmes que notre pays accumule depuis de très nombreuses années. Les Français peinent de plus en plus à vivre de leur travail : les agriculteurs, les commerçants, les artisans peuvent travailler 60 heures par semaine pour, à la fin du mois, ne gagner que 800 euros. Quand le gouvernement augmente subitement les taxes et que sur ces mêmes salaires on vient prélever encore de 100 à 150 euros, la révolte apparaît saine. Elle prouve que les gens ne sont pas encore prêts à se laisser faire et ont la capacité de mettre le gouvernement en difficulté. L’esprit français est frondeur ce qui s’explique par son incapacité à se réformer dans la douceur et dans le consensus. Il faut des mouvements violents pour bousculer les blocages du pays. C’était déjà vrai en 1789 lorsque l’aristocratie refusait absolument de renoncer à ses privilèges. Ce fut le cas en d’autres périodes et aujourd’hui, la population est exaspérée par des blocages liés au fait que l’après de Gaulle a été gagné par les socialistes qui ont transformé la France comme bon leur a semblé. En Russie, on a déjà démontré que ça ne fonctionnait pas. Cette impasse vaut de même pour notre pays.

 

Gabrielle Cluzel. Ecrivain, journaliste, animatrice du « Libre journal de la famille et de l’éducation » sur Radio Courtoisie, auteur de deux recueils de nouvelles, « Rien de grave » et « Un soupçon d’imprévu » ainsi que de l’essai « Adieu Simone ! Les dernières heures du féminisme ».

 

C’est le réveil de la France et des Français qui ont les deux pieds dans la vraie vie. Un membre du gouvernement a parlé de l’opposition entre pays légal et pays réel. Il s’est trompé d’auteur. Il pensait citer Marc Bloch alors que c’était du Maurras, mais l’idée n’en demeure pas moins intacte. Pour m’être beaucoup intéressée au féminisme, je m’aperçois de sa rupture totale avec la composante féminine des GJ. Pas de revendications sur, par exemple, l’écriture inclusive ! Les souffrances sont réelles, elles s’expriment à travers ce « mai 68 à l’envers » qui, bien qu’étant en effet « à l’envers », présente des convergences avec la France qui ne veut pas mourir et désire garder l’héritage ancestral.

 

Christian Vanneste. Homme politique, ancien membre du RPR puis de l’UMP, président du RPF (Rassemblement pour la France) depuis 2012 et du think thank de la Droite libre depuis 2015. Auteur de plusieurs essais dont « Pour une France libérée» et « L’Identité ou la Mort ».

 

Les GJ sont une jacquerie dans la mesure où, initialement, celle-ci a été une révolte contre les impôts. Le mouvement a été lancé par des gens qui sont plutôt des indépendants, qui ne demandent absolument pas à être aidés, qui veulent simplement que l’argent qu’ils ont gagné ou qu’ils gagnent leur reste en grande partie et ne soit pas complétement asphyxié par les prélèvements sociaux et fiscaux. Ayant fait de mauvais choix économiques, le gouvernement se retrouve coincé entre la gauche classique bien enracinée dont il est originaire et cette révolte des GJ dotée d’une dimension socialiste. Ils se retrouvent face à des gens qui ne demandent pas une diminution des impôts mais une augmentation du pouvoir d’achat avec l’argent public, c’est-à-dire en prélevant peut-être encore plus d’impôts ! Nous sommes dans une situation intenable, une vraie tenaille ! Je ne vois pas d’issue concrète. Les GJ ont démontré que l’élection de Macron a été une totale erreur. Il n’est pas exclu que leur mouvement fasse tomber le pouvoir en place ; la personnalité fragile et narcissique de Macron tenant à une autosatisfaction permanente qui l’avait poussé à se lancer à l’assaut d’une position de responsabilité inassumable. Je suppose que sa personnalité pourrait éclater avant que n’éclate la majorité actuelle.

 

Marie R. Auteur chez les « Volontaires pour la France » (VPF).

 

La revendication pacifique des GJ est tout à fait justifiée. Je ne sais si mon avis reflète celui de tous les VPF, mais mon sentiment est que Macron veut vendre la France aux Nations-Unies à travers le Pacte de Marrakech. Je trouve qu’hier, à Paris, il y a eu trop peu de revendications concernant ce Pacte. Il y en a eu bien davantage à Lyon. Les Français sont trop focalisés sur la fiscalité et pas assez sur la question de l’identité nationale et de la souveraineté. Je défendrais plutôt l’avenir de notre souveraineté nationale avec une désolidarisation de l’Union Européenne et de l’ONU qui veut jouir des pleins pouvoirs sur la France. Je soutiens en parallèle l’idée de démocratie directe. Dans un premier temps, la France a besoin d’un gouvernement de salut public qui jouerait un rôle régulateur à tous les niveaux. Dans l’idéal, il aurait à sa tête un militaire de l’acabit d’un général Picquemal, d’un général Martinez, ou d’un général Tauzin car qui, mieux que l’armée, saurait défendre des valeurs mises sens dessus dessous depuis voilà plus de trente ans ?

 

Jean-François Chemain. Docteur en histoire, conférencier, auteur de plusieurs essais dont « La vocation chrétienne de la France », « Kiffe la France », « Une autre Histoire de la Laïcité », « La guerre Juste », « Tarek, une chance pour la France ? ».

 

Les GJ, j’en vois beaucoup dans mon petit village d’Ardèche où j’ai une résidence secondaire. Au marché, tout le monde ne parle que de cela. Tout le monde a son gilet jaune. Ce sont des Français, ce sont des pauvres, ce sont des gens qui habitent la campagne, qui font divers métiers, qui travaillent énormément et qui ne vivent pas d’allocations. Ils sont paysans, ils sont petits commerçants, ils sont dans le BTP, ils ont à peine le SMIC pour vivre. Ce ne sont pas de grands intellectuels. Ils parlent avec un tel accent que l’on peine parfois à comprendre ce qu’ils disent. Ils se réunissent le dimanche au bistro pour boire un verrre de blanc. Ce sont des gens qui vivent à des années-lumières des Parisiens ou plutôt, ce sont les bobos parisiens qui sont à des années-lumières de la France périphérique. Ce sont des gens qui luttent pour leur survie. Ils n’ont aucune envie de quitter leur village pour aller travailler ailleurs parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une autre maison. Ils habitent très souvent dans la maison de leurs parents. Ce sont des Français réellement pauvres que la gauche ne prend pas en considération parce que ce ne sont pas des idéologues, ce ne sont pas des gens qui ont envie de se faire faire la leçon, ce ne sont pas des gens qui ont envie de se faire éduquer, ce sont des Français qui entendent vivre là où ils voudraient mourir. Une issue heureuse, j’en espère une ! Je pressens qu’elle n’adviendra pas sans violence parce que ce n’est que par la force que les GJ parviendront à se faire entendre des Parisiens. Toutes les jacqueries dans l’Histoire ont commencé ainsi, toutes les révolutions, par des révoltes fiscales.

 

Bernard Seillier. Homme politique, ancien sénateur RDSE de l’Aveyron, vice-président du Mouvement pour la France.

 

Je pense que nous vivons des temps eschatologiques dont, si Dieu le veut, une autre chevalerie naîtra qui elle n’aura aucun lien avec le sang royal des Orléans et des Bourbon.

 

Jean-Yves le Gallou. Essayiste, haut fonctionnaire et homme politique. Cofondateur du Club de l’Horloge, cercle de réflexion métapolitique, et fondateur du cercle de réflexion Polémia.

 

C’est la France qui travaille. La France d’origine européenne qui a été repoussée vers la grande périphérie puisque les centre-villes sont accaparés par les plus riches reliés à la superclasse mondiale, et ceux qui les servent. Les proches banlieues sont prises par l’immigration qui progressivement en a chassé les Français de souche. Par conséquent, ceux qui se révoltent aujourd’hui, ce sont les Français de la grande périphérie. Il s’agit d’une révolte économique, sociale, mais aussi et certainement avant tout identitaire. L’avènement de la démocratie directe qui constitue un des points fondamentaux du programme GJ est vivement souhaitable mais nécessitera des réformes en profondeur puisque le Système actuel est verrouillé. Même les réformes qui n’émanaient pas de l’initiative populaire ont été bafouées. Cependant, il est intéressant de constater à quel point l’idée même de démocratie directe dont Ivan Blot se faisait l’énergique défenseur pendant 35 ans émerge aujourd’hui comme revendication populaire. C’est une avancée importante mais qui n’est pas encore décisive. Sans vouloir sombrer dans le complotisme, les figures politiques que nous avons aujourd’hui, dont Edouard Philippe, sont issues de l’American Fundation d’où ils ont été invités à la conférence de Bielderberg : M. Macron, en 2015, M. Philippe en 2016. Lesdites invitations annoncèrent le début de leur grande carrière. Je pense que les gens qui ont porté M. Macron sur le pavois s’aperçoivent sans doute que ce n’était pas le bon choix et seront probablement amenés à le lâcher. Le jour où les gens qui ont mis Macron là où il est le lâcheront, il disparaîtra presque aussitôt. Je doute fort qu’il finisse son mandat.

 

Père Guillaume de Tanoüarn. Prêtre catholique, théologien et philosophe. Figure importante du catholicisme traditionaliste. Directeur du centre Saint-Paul, rédacteur en chef d’Objections et de Monde & Vie ».

 

Cette révolution jaune pourrait bien être une contre-révolution, le contraire de la révolution ! Vous savez que la révolution existe sous la double bannière de l’individualisme et du libéralisme et que, ce qui est en cause avec les GJ, c’est justement l’horreur économique issue du libéralisme. Même si les formules adoptées ne sont pas toujours exactes, je constate que ces gens-là peuvent contribuer à l’avènement d’un monde meilleur et retracer le schéma classique des rapports de force dans l’ensemble du monde occidental. C’est en France que ça commence, la Belgique suit, d’autres pays d’Europe et peut-être même les USA pourraient s’en inspirer. Les peuples sont assez mûrs pour comprendre qu’au bout du libéralisme, il n’y a que la liberté d’un petit nombre de privilégiés pour l’esclavage du plus grand nombre. Les GJ mettent en évidence une vérité qui a été longtemps cachée. Or, l’Apocalypse, c’est le Dévoilement. La mise au jour de la Vérité quoi qu’il en coûte et qui, en effet, est à mettre en relation avec la fin des Temps.

 

Martial Bild. Journaliste et homme politique. Cofondateur du parti de la France en 2009 et de la chaîne de réinformation TV-Libertés en 2014.

 

Mon point de vue est celui d’un média alternatif. Ce qui est sûr, c’est que la presse de grand chemin n’a pas vu arriver l’ampleur de cette révolte populaire car elle n’est plus corrélée avec le peuple français. Elle est corrélée avec les élites dont elle est à la fois le porte-parole et le serviteur. Ce sont les oligarques qui tiennent la presse. Dès que cette protestation est née, elle a eu un réflexe corporatiste qui a été de dénoncer des xénophobes, des racistes, des machistes, des antisémites, toujours en humiliant cette volonté populaire qui s’exprime. La presse est prise dans une situation très compliquée où elle rapporte ce qu’elle voit mais où elle est discréditée. En conséquence, beaucoup de journalistes sont malheureusement pris à partie lors de ces manifestations parce que les Français considèrent que la presse, loin de transmettre leur message, l’exploite à des fins de propagande. La chaîne TV Libertés s’est dès le début inscrite dans le mouvement des GJ pour en comprendre l’importance, les motivations et les perspectives, en faisant évidemment abstraction des violences qui ne sont pas le fait des GJ mais des groupes bien cernés de l’extrême-gauche et de l’immigration des banlieues. L’issue de ce mouvement ne peut pas être heureuse parce que selon le schéma qui a été adopté, celui de la mondialisation, les populations qui sont ciblées sont celles qui ont été volontairement abandonnées et qui ont vocation à disparaître. Soit cette population-là est capable de reprendre le pouvoir, soit elle disparaîtra en application du programme en cours. Je pense aux agriculteurs en voie de disparition, aux ouvriers sidérurgistes qui ont déjà disparu, aux industries, au secteur tertiaire qui lui aussi est dans le collimateur. Nous sommes maintenant en présence d’une société qui entend aller jusqu’au bout parce que, en cas d’échec ou de découragement, elle périra. Personnellement, je me situe dans cette population.

 

Maître Jacques Trémolet de Villers. Avocat et écrivain. Auteur de plusieurs ouvrages dont « Immigration et nationalité : quelles réponses ? », « Jeanne d’Arc. Le procès de Rouen » et « En terrasse avec Cicéron ».

 

C’est une lame de fond qui j’espère ne retombera pas, qui exprime un désaccord et une rupture entre le peuple et ce qui est censé le gouverner. Ce que nous vivons, ce n’est pas une révolution au sens où nous en avons connu. Ce n’est pas une révolte. C’est une remise en question fondamentale. L’issue en est incertaine. Une fin heureuse n’est pas exclue dans la mesure où un ou quelques hommes se détachent et sont capables de répondre aux demandes du peuple.

 

Joachim Véliocas. Auteur de la première étude complète sur l’Islamisation de la France (2006), fondateur de l’Observatoire de l’islamisation (2007), auteur de l’essai « Ces maires qui courtisent l’islamisme » (2010).

 

Dans un mouvement d’une telle ampleur politique, selon le principe des vases communicants, fiscalité et identité sont étroitement liées. Ainsi, la taxe carbone qui est venue augmenter le budget général de l’Etat va aller en partie dans les coûts astronomiques de l’immigration. Rappelons le coût des mineurs étrangers : deux milliards d’euros par an, le RSA pour les étrangers, 2,75 milliards, 7 milliards pour les allocations familiales aux étrangers ! Les GJ commencent à faire le lien ! Il y a certaines voix de leurs portes-paroles qui ont pointé le coût de l’immigration. L’augmentation de la taxe sur les carburants, tout comme celle de la CSG sur la quasi-totalité des produits, tient primordialement aux surdépenses publiques qui représentent à l’heure actuelle plus de 60% du PIB, auxquels se surajoutent les 45% de prélèvements obligatoires et le budget de l’Agence française de développement qui, à l’initiative de Macron, doublera le montant de ses investissements vers les pays subsahariens. Le budget général de l’Agence de développement va passer de 10 à 18 milliards en 2022 ! Je ne fais que citer le rapport du Sénat. Ça vaut pour la Tunisie, la Turquie, le Maroc, l’Asie et l’Amérique du Sud, mais c’est surtout vrai pour le Maghreb et l’Afrique subsaharienne ! Naturellement, le coût de l’immigration n’explique pas l’ensemble des pressions fiscales mais celui-ci pèse très lourdement sur le budget. Demain sera signé le Pacte de Marrakech. Macron s’inquiète à tel point qu’il ne va pas au Maroc, préférant y envoyer un secrétaire d’Etat. L’existence de ce Pacte qu’on aurait voulu cacher gagne la quasi-totalité des médias. La presse loyaliste tient à en dédramatiser le sens en affirmant que son application ne serait en aucun cas contraignante. Cela dit, qu’on ne soit pas dupe ! Il s’agit bel et bien d’un Pacte, ratifié de surcroît par l’Etat, de l’expression d’une volonté morale et politique à part égale. L’immigration, quelle qu’elle soit, y est présentée sous un jour positif. Elle serait même un droit fondamental ! Tout migrant devrait pouvoir jouir des mêmes droits que les peuples de souche. Certes, les revendications de base des GJ sont fiscales. Elles n’étaient culturelles qu’en deuxième lieu. Néanmoins, vu le pourrissement de la situation depuis trois semaines, beaucoup de GJ sont amenés à remettre en cause l’arrière-plan politique. La signature du Pacte de Marrakesh ne fera que renforcer la tendance, cela d’autant plus qu’à cet égard, la France se retrouve dans l’isolement : la Suisse, les pays de l’Europe de l’Est, l’Italie, Israël, les USA. Les Français comprennent bien qu’il y a anguille sous roche. Si ce Pacte était insignifiant, à quoi bon faire un déplacement de chefs d’Etat du monde entier à Marrakech pour signer un Pacte sans valeur ?!

 

Pierre-Antoine Plaquevent. Journaliste indépendant. Animateur du site métapolitique Les-non-alignés depuis 2010, reporter pour TV-Libertés.

 

Les GJ témoignent pour moi d’un retournement du cycle dialectique lancé en mai 68, lors de la première révolution colorée d’Europe dont l’aboutissement fut la désouverainisation géopolitique, économique et culturelle de la France. Nous sommes aujourd’hui en présence d’une population qui se révolte contre les conséquences du globalisme. Si l’on adopte une démarche sociologique, on voit des gens qui sont en rupture avec les classes dominantes, avec leur projet de société ouverte, et qui ne croient plus à la narration déployée par la classe médiatico-politique. Il s’agit d’une réplique moderne de la sécession de la plèbe sous l’Empire romain. Dans l’idéal, il faudrait que le mouvement aboutisse très rapidement à la démission de Macron ou à un changement de régime. Cette prise de conscience intervient dans un contexte complexe. A mon avis, dans les prochains mois, il sera moins efficace qu’on ne le souhaiterait. Mais le point de non-retour semble atteint : trop de gens ont faim. Les revendications fiscales à échelle locale ne suffisent pas. Il convient de pousser jusqu’à une sortie sans concession de l’Union Européenne et en cela, le mouvement des GJ est l’inverse de mai 68, provoqué en répression de la politique menée par le Général de Gaulle, promoteur de l’Europe nations, l’Europe des 6, contre l’Europe fédérale conçue comme un conglomérat de régions sous la houlette allemande.

 

 

Alain Pascal. Ecrivain, ancien collaborateur au Libre Journal de feu Serge de Beketch et à son émission sur Radio Courtoisie. Auteur de plusieurs ouvrages dont « La Trahison des initiés (la franc-maçonnerie du combat politique à la guerre de religion », « Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien » et « Les Sources occultes de la Philosophie Moderne ».

 

La première chose que je pense, c’est que les Français sont extrêmement malheureux. Nous assistons à la révolte naturelle d’un peuple qui a été trahi par ses fausses élites. Beaucoup de forces occultes auxquelles obéissent la plupart des figures politiques et des médias en portent la responsabilité directe. Elles agissent contre le peuple français. J’approuve, par conséquent, le mouvement des GJ. Ceci étant avéré, je n’ai pas la certitude qu’il soit spontané. Les mouvements révolutionnaires spontanés ne se sont jamais vu dans l’Histoire. Cependant, je ne connais pas encore ce « quelque chose » qui se cache derrière. J’espère qu’on le connaîtra un jour et que ce ne sera pas trop tard. La deuxième chose que je voudrais préciser, c’est que quelle que soit la sincérité des gens qui se révoltent, ils n’ont pas compris d’où venait notre ruine. Le gauchisme hérité de 68, sur lequel j’avais écrit un livre pour le dénoncer, s’est emparé de toutes les mentalités. La pire des occupations de notre pays ne s’exprime pas seulement à travers la déferlante migratoire mais aussi à travers notre état d’esprit. Ce que les GJ non pas n’ont plus compris, c’est que la France avait apostasié sa religion. Celle qui lui offrait sa liberté et qui était le catholicisme. Le fléau imigrationniste n’est pas la faute des immigrés mais de ceux qui les ont faits venir. Ils n’ont pas compris que la France n’avait le droit d’être libre et d’être une nation indépendante que si elle retrouvait ce qui définissait sa fonction à l’échelle transcendantale : celle de fille aînée de l’Eglise. Le laïcisme est une impasse. La France a vocation à redevenir une nation chrétienne. Le jour où la France sera libérée de ses fausses élites qui sont toutes antichrétiennes, qu’elle aura retrouvé si ce n’est sa Foi, du moins, sa tradition chrétienne, elle pourra revivre. Si ce n’est pas le cas, elle risquerait d’être rayée de la carte.

 

 

Abbé Guy Pagès. Prêtre catholique, co-auteur, avec Ahmed Almahoud, du livre « Eléments pour le dialogue islamo-chrétien », auteur de « Interroger l’islam, mille et une questions à poser aux musulmans » et de « Judas, est-il en Enfer ? ».

 

Je suis très content de ce mouvement des GJ. Ce mouvement permet de remettre en question la société dans laquelle nous vivons et qui pour moi devient invivable, notamment du fait des lois immorales qui sont votées et du fait que les gens ne voient plus aucun sens à leur vie. Si ce mouvement des GJ pouvait aboutir en grossissant encore et en faisant encore plus d’actions tonitruantes qui aient pour finalité de pulvériser ce Système, je serais très heureux. D’aucuns disent que ça pourrait être pire par la suite. Non, je ne crois pas qu’il puisse y avoir pire. Nous vivons une époque d’inconscience, de suffisance, de contradiction avec ce que nous sommes, de sorte que je ne vois pas en quel sens cela pourrait encore dégénérer. Je préfère quelque chose qui coûte un peu cher mais qui se remette en question, point cette société qui continue à s’enfoncer dans une perdition aseptisée. J’aimerais, par exemple, que les institutions soient changées : que l’on puisse instaurer le référendum d’initiative populaire, que l’on remette en question les critères qui déterminent le niveau d’imposition du travail, les impôts sur les droits de succession et autres types de fiscalité abusive, que l’on supprime toutes les lois contraires à la nature et à l’intérêt général des familles. Le seul danger envisageable serait l’éventuelle récupération de la vague jaune. Il est certain qu’à terme, la révolte perdurant, un leader en sortira dont on peut craindre qu’il soit un élément infiltré. Prudence !

 

Frère Thierry. Bénédictin et ancien professeur de lettres. Fondateur et animateur du Cercle de l’Aréopage depuis 2015. Fervent défenseur de la culture chrétienne européenne. Figure incontournable du Paris pensant.

 

Les GJ est un mouvement de type jacquerie. Fatalement, si le mouvement dure, il se structurera et s’organisera. Des leaders en émergeront. Sur quoi peut-il déboucher ? Si on regarde la situation de la France depuis 50 ans, on relève une lente mais inéluctable marche vers l’abîme. On peut se targuer de belles idées. On peut aspirer à instaurer un nouveau régime ou à ramener un héritier. Mais à quoi bon ? Puisque l’héritage a disparu... Cette jacquerie est peut-être non seulement un cri de détresse de la part de ventres creux, mais l’alerte ultime données par ces gens qui se sentent menacés dans leur identité, même s’il arrive parfois qu’ils n’en soient pas conscients. On constate que le mouvement est surtout implanté en province, dans les campagnes, là où la vie devient très difficile pour les Français dits de souche. L’avenir n’appartient qu’à Dieu. Bien fou qui affirme prévoir ce qui adviendra demain. Les GJ peuvent être considérés comme une résurgence de certains mouvements qui autrefois avaient secoué la France : les jacqueries. Certains journalistes, à tort et certainement par manque de culture, l’ont comparé au mouvement poujadiste. Or, sa structure est très différente. Quant aux doléances, on pourrait penser à celles de la Révolution dite française. Il serait intéressant de savoir comment ces doléances ont été rédigées, quelles forces extérieures ont pu influer sur telle ou telle proposition. On pourrait relever le souhait émis à de nombreuses reprises quant à l’établissement du référendum d’initiative populaire, en soi très sympathique. A côté de cela, on notera des propositions égalitaristes poussées à l’extrême. Quel est l’avenir de ce mouvement ? Peut-il ébranler l’Etat ? Personnellement, j’ai des doutes. Pour citer Charles Maurras : « Si la République est incapable de défendre la France – ce que l’on voit depuis deux siècles – elle défend très bien ses institutions ». Il est fort aisé, par le biais de manipulations bien connues, de dresser les groupes les uns contre les autres.

Françoise Compoint

Dernières publications

Articles les plus lus