Omran Al Khatib : les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie sont un crime abject et dangereux

 
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26 avril
17:55

Omran Al Khatib : les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie sont un crime abject et dangereux

Omran Al Khatib, pouvez-vous décrire votre parcours pour les lecteurs de NRT 24 ?

J’ai vu le jour à Damas en 1964. J’ai fait des études d’ingénieur en génie civil. J’étais en Syrie responsable d’un bureau d’études. J’ai toujours été un ardent nationaliste arabe et mon militantisme m’a amené à être en désaccord avec le gouvernement. A l’âge de 28 ans j’ai quitté mon pays pour la France.

J’ai dû repartir à zéro comme beaucoup d’exilés, j’ai commencé par des petits boulots. Petit à petit, j’ai retrouvé une place dans mon métier d’origine. J’ai été salarié dans un bureau d’études français, je suis devenu responsable et pour finir j’ai créé ma propre entreprise.

Je me suis marié en France, j’ai deux enfants et j’ai acquis la nationalité française. Aujourd’hui, la France est ma seconde patrie.

Parlez-nous de votre association, Rassemblement pour la Syrie.

Rassemblement pour la Syrie a vu le jour au commencement du conflit. Notre but est de soulager la souffrance du peuple syrien. Nous ne sommes pas uniquement des humanitaires, nous avons également un idéal politique : dénoncer la désinformation, mise en place par certains médias occidentaux et arabes, et réinformer les Européens sur le vrai visage de la République arabe syrienne.

Concrètement, nous avons acheminé 15 containers d’aide humanitaire en Syrie. Nous avons également soigné ou participer aux soins de plusieurs centaines de personnes en acheminant du matériel médical et des médicaments.

Pour apporter une autre vision du conflit, Rassemblement pour la Syrie organise depuis 6 ans des conférences, des voyages où sont invités des hommes politiques, des journalistes, des humanitaires de tous bords.

Omran, je vais vous poser une question un peu délicate. Comment, vous qui avez quitté la Syrie comme opposant politique en êtes-vous venu à soutenir le président Bachar Al-Assad ?

Pour des raisons fort simples : je vous l’ai déjà dit que quand j’étais jeune, j’étais un nationaliste arabe convaincu et avec l’âge, je n’ai pas changé !

Quand votre pays est en guerre, il faut oublier les querelles passées et faire bloc contre l’ennemi. Ce qui importe c’est la défense du peuple et l’unité nationale.

Monsieur Bachar Al-Assad a été élu par le peuple syrien, il est notre président légitime et il est à mon sens, tout à fait capable de mener le pays sur la voie du développement et de la démocratie. Les réformes qu’il avait initiées en 2000 auraient déjà porté leur fruits, si elles n’avaient pas été entravées par l’état de guerre permanent organisé par les USA et l’entité sioniste au Moyen Orient.

Le président a fait preuve depuis le début du conflit d’un courage indomptable. Il est resté au milieu de son peuple dans la capitale dans les pires moments, partageant ainsi le sort de tous. J’ai cru comprendre que votre président Alexandre Zakharchenko était de la même trempe.

Ce qui me révolte, c’est que le président Bachar Al-Assad est présenté par certains médias français comme un criminel alors qu’il n’a fait que défendre son pays, sur son propre sol contre une agression orchestrée par l’étranger. Pourquoi personne ne reproche-t-il aux USA d’envoyer leurs soldats à des milliers de kilomètres pour porter la guerre impérialiste ?

Le président Bachar Al-Assad a été pendant des années un ami de la France. Personne n’a oublié sa visite officielle à Paris et sa présence en tant qu’invité d’honneur au défilé militaire du 14 juillet 2008.

Vous avez organisé le 21 avril une manifestation place du Trocadéro à Paris. Expliquez-nous les raisons de cet évènement.

Nous n’étions pas les seuls organisateurs, je citerai l’Union des patriotes syriens en France, Novopole, nos amis Corses de Leia Naziunale, le Comité révolutionnaire international, le Haut conseil des tribus libyenne, le collectif France-Russie, le réseau Voltaire et tant d’autres.

Le but de la manifestation de ce week-end était de protester contre les bombardements effectués par les USA, l’Angleterre et la France sous prétexte d’une soi-disant utilisation de l’arme chimique par l’armée nationale syrienne. Qui peut croire qu’une armée, vainqueur sur le terrain, aurait besoin de gaz de combat d’autant plus que les Nations Unies ont envoyé deux délégations sur place pour enquêter.

Je considère que ces frappes sont un crime abject et dangereux. Abject, car c’est un crime infondé et perpétré sans l’aval de l’ ONU. Les missiles occidentaux ont touché un pays indépendant et souverain dont la population souffre sous les tirs des terroristes depuis des années.  

Il est dangereux, car il a été commis par des Etats qui ont un statut de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU. Cette institution a été fondée il y a 70 ans au lendemain d’un conflit qui avait fait plus de 70 millions de victimes. La Russie a d’ailleurs payé un lourd tribut et personne n’a oublié son sacrifice.

Or justement, depuis la chute de l’URSS, les Etats Unis d’Amérique et ses complices ont fait de l’ONU un instrument au service de leur impérialisme. Ils se servent à chaque fois de mensonges pour détruire les Etats et les peuples. Irak, Afghanistan, Libye, Syrie : la liste de leurs crimes est longue.

Mais ce qui me fait le plus de mal à moi qui suis Français et qui aime sincèrement mon pays, c’est la position du président français. Je ne comprends pas les raisons qui poussent Macron à suivre les Etats unis dans leurs crimes. En 2003, quand Jacques Chirac a refusé d’engager la France dans la deuxième guerre du Golf, nous nous sommes tous sentis fiers de cette décision courageuse.

Macron a-t-il vendu son âme contre un pourboire du criminel Ben Salmane assassin des enfants du Yemen  ou bien a-t-il voulu soulager l’entité sioniste qui occupe illégalement la Palestine, une partie du Liban et de la Syrie ?

Macron, malheureusement, piétine les valeurs de la France pour une poignée de dollars et quelques contrats de ventes d’armes. Il viole le droit international oubliant que la France est le pays des droits de l’homme.

Nous sommes loin de la politique d’indépendance du Général de Gaulle à l’égard de l’impérialisme des Etats-Unis. Quand reviendra le temps de l’amitié avec les pays arabes ? 

Si nous avons été au Trocadéro pour protester, nous étions venus également pour crier notre soutien à l’armée nationale syrienne et à ses alliés de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah !

Dans les rassemblements organisés par Rassemblement pour la Syrie, flottent toujours à côté des couleurs syriennes, le drapeau russe. Samedi, vous affichiez les portraits des soldats russes tombés en Syrie. Quels sont vos sentiments à l’égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine ?

Nous avons contracté une énorme dette envers la Russie. Nous voulons marquer notre reconnaissance envers la fédération de Russie, son gouvernement et surtout son président, Vladimir Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir, il a su redonner à la Russie sa vraie place dans le monde. Nous sommes sensibles à sa vision multipolaire et à sa volonté de barrer la route à l’impérialisme des Etats unis. Je n’oublie pas de rendre hommage à tous les martyrs russes tombés pour défendre notre patrie. J’ai une pensée particulière pour les volontaires venus du Donbass, morts pour notre cause après avoir combattu deux fois le Nouvel Ordre mondial.

Omran Al Khatib, pensez-vous que le combat de la Syrie s’inscrit dans une guerre globale contre l’hydre mondialiste ? Etes-vous d’accord pour dire que le Donbass est un autre front de cette lutte pour la liberté des peuples ?

Tout à fait, il y a une lutte à mort entre une vision unipolaire de la planète portée par le nouvel ordre mondial et une perception multipolaire du monde incarnée par la Russie et tous les résistants comme l’Armée arabe syrienne et bien entendu les républiques de Donetsk et de Lougansk. Nous combattons tous pour la justice et l’identité contre les partisans du culte du veau d’or.

Omran, seriez-vous prêt à faire partie d’une délégation et visiter Donetsk ?

Bien sûr, nous sommes frères d’armes et j’aimerais beaucoup avoir l’occasion de serrer la main de votre président et celles de vos combattants comme le fameux sniper Deki et votre écrivain, Zakhar Prilépine.

Propos recueillis par Vincent Perfetti

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