(PHOTOS) La zone de l'aéroport de Donetsk, une plaie jamais refermée

 
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12 février
07:30

(PHOTOS) La zone de l'aéroport de Donetsk, une plaie jamais refermée

Nous gravons lentement les marches de l’escalier à l’intérieur du célèbre « Deviat étages », l’immeuble de 9 étages qui domine la zone de l’aéroport de Donetsk. Toujours débout, c’est sans doute le bâtiment le plus bombardé de tout le Donbass. A cause de son hauteur, il permet d’observer toute la ligne de front depuis le village de Peski jusqu’à la ville de Iassinovataïa ce qui a fait de lui l’épicentre des combats de cette guerre qui, au printemps de 2014, a embrasé l’Est de l’Ukraine.

Voilà ce qu’avait écrit à ce sujet Erwan Castel, engagé comme volontaire auprès des forces républicaines de Donetsk :

« De novembre 2014 à janvier 2015, une guerre urbaine difficile et violente s'engage alors dans les ruines de l'aéroport, au cours de laquelle les forces républicaines mètre après mètre, étage après étage, s'emparent du terminal de l'aéroport et sécurisent les réseaux souterrains utilisés par les "cyborgs" ukrainiens. C'est au cours de ces mois de bataille difficiles que les bombardements ukrainiens qui s'étendent sur le quartier d'Oktiabrski vont être les plus importants.

Le 21 janvier 2015, Kiev admet enfin avoir perdu le contrôle de l'aéroport où l'armée ukrainienne a perdu beaucoup de soldats et de mercenaires occidentaux. 

Lors de cette bataille de l'aéroport de nombreuses unités de Donetsk se sont jetées dans la mêlée, payant chèrement la reconquête de ce lieu autant stratégique que symbolique. le fer de lance bicéphale de cette grande victoire républicaine était les bataillons "Somali" (blindés) du colonel "Givi" et "Spartak" du Colonel "Motorola", tous deux disparues il y a un an dans des attentats terroristes perpétrés au cœur de Donetsk.

Aujourd'hui cette zone particulièrement sensible de la défense de Donetsk continue d'être le théâtre de bombardements et de combats réguliers, notamment sur les zones de "Volvo Center" à l'Ouest et de "Spartak" à l'Est de la zone aéroportuaire qui continue à être bombardée quotidiennement. »

Bien que situé à l’intérieur de l’immeuble, l’escalier est couvert de neige, et il faut faire extrêmement attention où on met le pied pour ne pas glisser sur les décombres qui s’entassent partout. Ce bâtiment, qui au moment des combats a été touché par 6 impacts d’artillerie ukrainienne en une journée, n’a quasiment plus de murs, mais des trous béantes un peu partout.

Arrivés tout en haut, nous avons sous nos pieds Oktiabrski, les ruines de ce qui fut jadis l’aéroport le plus beau de l’Ukraine, entièrement reconstruit à l’occasion de l’Euro 2012, et un peu plus loin les fumées de la cokerie d’Avdeïevka, ville occupée par les soudards ukrainiens d’où ils bombardent la zone urbaine autour de Donetsk.

Après « Deviat étages », nous passons devant les maisons d’Oktiabrski, pour la plupart désertées de leurs habitants et offrant à chaque passant la vue sur leurs entrailles, pour arriver au couvant Iversky et son cimetière. Parole de nouveau à Erwan Castel :

Le monastère crucifié d'Iversky

« Juste au Sud de la piste de l'aéroport se trouve un lieu de silence, squelette dressé entre les dieux et les hommes qui témoigne autant de leur folie que de leur foi : c'est le monastère des moniales d'Iversky. 

Le sanctuaire d'Iver abritait depuis 2001 une communauté de moniales orthodoxes. Lorsque les combats pour l'aéroport commencent, le monastère est rapidement sous le feu de l'armée ukrainienne et, en août 2014, les premiers projectiles ukrainiens touchent les bâtiments religieux. Le clocher de l'église, frappé par l'artillerie prend feu et les femmes qui se trouvent alors à l'intérieur (la mère Mikhaïla et trois moniales) quittent précipitamment l'église qui menace de s'effondrer.

Pendant cette journée où les feux de l'enfer semblent vouloir s'abattre sur Saint Iver; 2 événements incompréhensibles vont survenir, qualifiés aussitôt de miraculeux par les communautés civile et religieuse : le clocher qui sera à nouveau touché une deuxième fois brûle entièrement mais sans s'effondrer à l'intérieur de l'église, et l'icône de Notre Dame d'Iviron sera ressortie intacte d'un lieu où tous les autres objets sont criblé par les balles et les éclats.

Les combats vont continuer chaque jour endommageant de plus en plus le sanctuaire qui est régulièrement touché par les bombardements de Kiev.

Le 18 décembre 2014, le monastère a été pillé par les soudards de Kiev avant qu'ils ne soient repoussés par les forces républicaines.

Si les premiers tirs touchant le monastère pendant l'été 2014 pouvaient passer éventuellement pour des "dommages collatéraux" des bombardements ukrainiens, la fréquence, l'intensité et la durée des tirs suivants montrent bien que ce lieu sacré de la communauté de Donetsk est devenu rapidement une cible symbolique de l'agression génocidaire engagée par Kiev. Depuis 2 ans ce ne sont pas moins de 9 églises orthodoxes qui ont été détruites sur la ligne de front de Donetsk et Lougansk, sans compter une vingtaine d'autres touchées également par les bombardements ».

Photos de Svetlana Kissileva

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