(PHOTOS) Les bienheureux de la rue Listoprokatchikov

 
Actualités
27 septembre
12:57

(PHOTOS) Les bienheureux de la rue Listoprokatchikov

A l'endroit où l'avenue Partisanski rejoint l'avenue Kievski se trouve aujourd'hui le terminus des transport en commun, Au-delà, les bus ne vont pas : un peu plus loin, c'est le dernier point de contrôle à la sortie de Donetsk, juste devant le pont Poutilovski détruit qui jadis reliait la ville à l'aéroport. Lors d'un combat du janvier 2015, les forces républicains ont fait sauter le pont pour empêcher les chars ukrainiens d'entrer dans leur capitale. Deux chars ukrainiens étaient ensevelis sous les décombres avec leurs équipages, mais ont été extraits, il y a peu de temps.

Toute la zone autour de l'avenue Kievski et le quartier Poutilovka, fut une des premières à recevoir les frappes de l'armée ukrainienne en mai 2014. Elle continue à être périodiquement bombardée en dépit des accords de Minsk. Notamment, en juin dernier, le bâtiment administratif de l'usine des mécaniques de précision « Totchmache » a été touché par un impact direct d'un obus de char tiré depuis les positions ukrainiennes.

Les trottoirs des rues avoisinantes et les murs des immeubles portent tous des traces des éclats des obus, les fenêtres sans vitres sont refermées avec des feuilles de placage ou avec du plastique... Ici, on ressent très nettement que même si on a pu geler le conflit et faire nettement baisser le nombre des victimes, notamment parmi les civils, la guerre du Donbass ne s'est vraiment pas arrêtée un seul jour.

Il est d'autant plus étonnant de constater cet optimisme intarissable et la soif de la vie chez ceux qui restent vivre ici malgré et contre tout.

En sortant du bus un soir de dimanche de fin de l'été, moi et ma collègue reporter, nous tournons à gauche en empruntant l'avenue Partisanski, et peut de temps après nous nous retrouvons devant l'immeuble n°4 rue Listoprokatchikov (NDT. : ouvriers d'une tôlerie). La façade de l'immeuble est aussi criblée de trous laissés par les éclats des obus, comme celles des immeubles à côté, les fenêtres n'ont pas de vitres non plus. En bas du mur, il est écrit en majuscules « abri antiaérien » suivi d'une flèche pointant l'entrée.

Et comme le triomphe de le vie sur la mort et les ruines de la guerre, en face, un très joli air des jeux pour enfants est improvisé par les habitants de l'immeuble avec des matériaux de fortune.

Un homme et une femme d'un certain âge sont assis devant l'entrée. Une conversation s'engage. Un peu plus tard, d'autres habitants nous rejoignent : un couple, un jeune homme avec un gamin de deux ans environ, un homme âgé presque aveugle... On nous demande de ne pas citer les nom

A la fin du mois de mai 2014, leur immeuble se retrouva presque en épicentre des combats, ces gens-là ont traversé de nombreuses épreuves : l'horreur des bombardements, la mort des proches et des voisins... Le fils de la dame aux cheveux blonds s'est fait tuer sur la route de la maternité, en laissant orphelin son enfant qui venait de naître. Elle même se souvient que le trajet jusqu'au le bus durait des heures : il fallait s'arrêter et chercher un abri pour laisser passer les bombardements. Un jour, elle s'est réfugiée sous un grand arbre et restée un moment sans bouger en pleurant de peur, en réalisant que la roquette d'un « Grad » allait raser cet arbre en une seconde et elle avec... L'image d'une passante qui marchait dans la rue en ce moment, en parlant au téléphone comme si de rien n'était, est restée gravée à jamais dans sa mémoire.

Un des hommes nous a raconté comment un matin en sortant de chez lui pour aller travailler, il est tombé sur le corps d'une voisine, qui gisait ans la cour tuée par un obus.

On nous a proposé de descendre dans la cave, transformée en abri antiaérien.

- Avant, nous avons installé ici des lits, mais aujourd'hui, heureusement, il n'y a plus de pilonnages aussi intenses comme avant. Néanmoins, nous le tenons prêts au cas où.

Malgré ça, tout va bien pour nous. Récemment, la municipalité nous a fait réparer le toit de l'immeuble endommagé par des bombardements. Nous ne craignons plus les intempéries d'automne et d'hivers qui s'approchent. Si on pouvait aussi nous vitrer la fenêtre de la cuisine... L'immeuble est construit comme un foyer avec une cuisine et les sanitaires en commun. Dans nos chambres, nous faisons des travaux petit à petit. Mais réparer la grande fenêtre serait trop lourd pour nous financièrement. On nous a proposé d'y installer la vitre en une seul pièce, mais comment allons-nous l'ouvrir ? Aujourd'hui, nous n'avons pas de ventilation dans une pièce avec plusieurs cuisinières à gaz, ce qui est mauvais.

Nous ne nous plaignons, pas, loin de là ! Nous sommes en vie et c'est le plus important. Nous sommes heureux !

Texte et photos de Svetlana Kissileva

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