(PHOTOS) Une liturgie pascale dans la joie et la ruine

 
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13 avril
15:13

(PHOTOS) Une liturgie pascale dans la joie et la ruine

Le conflit qui sévit actuellement dans le Donbass, plus que n’importe quel conflit éloigné de nos vieilles terres chrétiennes,démontre avec une éloquence terrible que, désormais, une ligne de fracture irrémédiable passerait à travers l’Europe, et ce, jusqu’à ce que ne s’effondre le Nouvel Ordre Mondial qui en est à l’origine. Ce qui, hier encore, semblait une simple félure, aujourd’hui, sépare le monde des pieux, des guerriers, des patriotes, du monde des impies, des renégats, des pleutres, mais aussi des nazillons soutenus, car nous ne sommes plus à un paradoxe près, par les chantres d’une bien-pensance éprise des pires perversions qui soient. Il va sans dire que cette division est schématique, réductionniste, voire impardonnablement hâtive, pourtant, en tout cas au niveau des élites dirigeantes, elle reflète une tendance bien définie qui ne fait que se vérifier durant les quatre années d’une guerre qui a lieu en plein centre du continent européen, où deux régions font face à un Système-bulldozer qui ne lésine pas sur les moyens, et où les volontaires étrangers de tout bord, dans les deux camps, sont légion.

J’habite en Russie, j’ai internet, et je suis l’actu de très près. Mais je pourrais tout aussi bien m’imaginer dans la peau d’un compatriote qui ne sort pas de son patelin, pour qui le Donbass, dans la lignée d’une Jen Psaki, se trouve au pays des Kangourous. Qu’aurait-il dit, abstraction faite des préjugés et du pseudo-argumentaire propagandiste d’une presse téléguidée, de ce groupe de paroissiens en plein recueillement pascal dans un monastère à moitié détruit ? Leurs traits sont tirés, leurs visages exténués, et pourtant, singulièrement radieux. Serait-ce parce qu’ils sont éclairés par la lueur des cierges ? Serait-ce parce que le recueillement éblouit ?

Les photos du couvent d’Iversky, situé à la lisière de Donetsk, non loin du quartier Oktiabrsky frontalier du sinistre aéroport, naguère, une beauté quasi-futuriste, confronte les contemporains du nouvel Empire romain déclinant à l’image de leur veulerie spirituelle : voici comment étaient nos ancêtres qui firent cette Europe des nations, chrétienne jusqu’à la moelle des os, et voici comment nous sommes, en ces derniers jours d’apathie mesquine, qui troquons nos temples contre les deniers du mondialisme et de l’un de ses supplétifs les plus bellicistes, le wahhabisme ! Quel bel exemple pour nous ! Et quel dommage que nous ne nous inspirions pas !

Dans son blog, Alawata, Erwan Castel évoque le pilonnage délibéré des églises et des monastères orthodoxes des deux républiques. En deux ans, notait-il en octobre 2016, neuf églises avaient été littéralement détruites et une vingtaine d’autres avaient été considérablement mutilées. Non, bien sûr, ce n’est pas le hasard. Le conflit donbassien n’est pas seulement géopolitique. Ce n’est pas seulement une guerre par procuration. Il est essentiellement question d’une guerre spirituelle au coeur d’une même civilisation, constat gravissime. J’en veux d’ailleurs pour preuve, – preuve qui m’est profondément désagréble vu mon passé catholique – le silence du Vatican. Quand  nos frères chrétiens sont massacrés, quand leurs lieux de culte sont réduits à des tas de cendres ou à des décombres sanguinolents, on oublie, normalement, qu’il y a une divergence au niveau du Filioque, de l’Immaculée Conception, ou du célibat des prêtres !

En regardant ces photos dont le magnétisme vient entre autres d’un clair-obscur prodigieusement cerné par le photographe, on voit que l’obscurité, la pauvreté, et la désolation n’ont aucune emprise sur un peuple qui croit. Et cette foi, elle est à multiples facettes : moins que religieuse, et plus que religieuse. Le patriotisme aussi a valeur de Foi. Parce qu’il transfigure. N’est-ce pas à travers ce mystère que le clocher du monastère, par deux fois brûlé, tient encore ? Que l’icône de Notre-Dame d’Iveron sort intacte des multiples pilonnages engagés par les FAU et leurs petits amis néo-bandéristes dont les intérêts recoupent provisoirement ceux de Kiev ? (NDR : L’icône de Notre-Dame d’Iveron avait été peinte pour le couvent d’Iversky de Donetsk par les moines du Mont Athos. Aujourd’hui elle a été transférée dans la Cathédrale pontificale de Saint-Nicolas de Myre au centre de Donetsk, en attendant la fin de la guerre).


Photo : Sergueï Golokha

A travers le miracle de la survie, au jour le jour, du Donbass, la résurrection du Christ réacquiert, de jour en jour, son sens existentiel.

Texte: Françoise Compoint

Photos: Svetlana Kissileva

Galérie photos de la liturgie pascale
au couvent d'Iversky :

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