(PHOTOS) Vika. Le chemin de l'école près du front

 
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17 mars
23:39

(PHOTOS) Vika. Le chemin de l'école près du front

Vika Plechkova, une adolescente de 12 ans, habite le village de Spartak situé dans la « zone rouge », c'est-à-dire tout près du front.

Il y a 5 ans, la guerre est entrée dans la vie de cette gamine, cette guerre gelée par les accords de Minsk, mais dont on ne voit toujours pas la fin. « Gelée » veut dire que les combats violents ont cessé, mais les bombardements continuent toujours. Leur intensité dépend si une trêve à l'intérieur d'un cessez-le-feu a été négociée avec l'Ukraine et surtout si l'armée ukrainienne la respecte. Ceci dit, l'armée ukrainienne la respecte plus au moins, le problème vient plutôt des bataillons paramilitaires nazis comme « Azoc » ou « Aïdar » qui ne reconnaissent pas l'autorité du gouvernement ukrainien. Ainsi, lorsque ces derniers arrivent sur le front, les bombardements reprennent emportant les vies des défenseurs du Donbass, mais aussi des civils. Les données officielles donnent le chiffre de 10 000 vies emportées par ce conflit, en réalité elles sont plus nombreuses et, pour les civils, elles sont essentiellement donbassiennes, Elles le sont à 100% pour les enfants, car pas un seul gamin n'a péri du côté ukrainien,

Vika est orpheline. Sa mère souffrait d'une insuffisance cardiaque et les médecins lui avaient interdit d'avoir des enfants. En dépit de leur avis, Vika est née, Victoria de son nom complet. Mais peu de temps avant la guerre la maladie a fin par emporté sa mère. Quant à son père, lorsque la guerre avait commencé, il est parti travailler en Russie pour pouvoir nourrir sa fille. Il y est décédé il y a deux ans, laissant Vika seule avec ses grands-parents.

Le village de Spartak, où ils vivent toujours, comptait environ 3 000 habitants avant la guerre. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 60. Surtout des personnes âgées qui n'ont nul part où aller. Et au milieu d'eux l'unique enfant, Vika. Jusqu'il y a peu de temps, Vika avait une copine, Marina, qui avait 5 ans de plusqu'elle. Un écart énorme à leur âge. Aujourd'hui, Marina poursuit ses études à Donetsk dans un lycée professionnel pour devenir un chef pâtissier. Depuis, Vika va seule à l'école qui se trouve dans un autre village. Elle doit donc prendre le bus qui passe un fois tous les heures, mais avant il lui faut marcher pendant un quart d'heure au moins à travers le village dévasté par la guerre, traverser la broussaille et ce que jadis furent un chemin de fer et une autoroute. Tout cela au son des fusillades et des coups des explosions au loin. Ce chemin de l'école qui est quelque chose de banale pour la plupart des enfants du monde entier, dans le cas de Vika est plein de dangers. Sa grand-mère l'accompagne donc toujours et vient l'attendre à la sortie du bus. Et lorsque les bombardements s'intensifient, il faut descendre dans la cave. Pas d'école ces jours-là.

L'appartement que Vika a hérité de ses parents se trouve dans un autre village près du front. Il est inhabitable, car l'immeuble a été touché par un impact direct d'un char. Celui de ses grands-parents, bien que moins endommagé, est tout aussi inhabitable : les vitres ont été soufflées par des explosions et, comme la guerre continue, on ne peut pas les réparer. Alors, son grand-père a construit une cabane dans la cour avec un poêle pour préparer des repas et se chauffer en hiver. C'est là où Vika fait ses devoirs, quand le front est relativement calme et il ne faut donc pas descendre dans la cave sombre et humide.

La fillette est toujours en compagnie de plusieurs chats – très efficace pour lutter contre des rats et des souris, un des principaux fléaux des situations de guerre – et d'un grand chien. Ses grands-parents élèvent un cochon et des poules, mais Vika refuse d'en manger, car ce sont des amis. Elle ne mange que du poulet du commerce : normal ! elle ne le connaît pas. Il y a encore 6 mois, la gamine rêvait de devenir vétérinaire. Mais depuis la rentrée, elle trouve les cours de biologie plus durs et s'y intéresse moins. Elle leur préfère des cours d'informatique qu'elle suit les samedis en activité extra-scolaire,

Ses grand-parents louent un appartement à Donetsk, mais le seul qui était dans leurs prix se trouve dans un quartier de Poutilovka qui n'est guère mieux que Spartak. Vika et sa grand-mère y dorment, néanmoins, 3 fois par semaine, les jours où elle s’entraîne à la natation à la piscine municipale. Au début, la grand-mère l'y avait amenée pour lui éviter de rester trop de temps à Spartak sous les bombes. Vika a aimé cette activité et fait des progrès : récemment, elle a été classée 3e parmi les enfants de son âge. Quand Vika avait commencé la natation, les hostilités dans le Donbass étaient encore au stade très actif, il y avait peu d'enfants dans son groupe. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux, car les gens qui avaient fui la guerre reviennent petit à petit dans leur ville depuis que les accords de Minsk ont gelé le conflit. Pourtant, tant que la paix ne soit pas complètement revenue dans le Donbass, la vie de Vika ne change, hélas, pas.

Texte et photos : Svetlana Kissileva

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