(PHOTOS) Yan Morvan et Zakhar Prilépine. Une rencontre de deux artistes sur un champ de bataille dans le Donbass.

 
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11 octobre
01:03

(PHOTOS) Yan Morvan et Zakhar Prilépine. Une rencontre de deux artistes sur un champ de bataille dans le Donbass.

C'est un personnage hors commun et haut en couleur que Donetsk accueille ces jours-ci. Il faut savoir que la République Populaire de Donetsk, bien qu'elle soit non reconnue et de ce fait boudée par les politiciens de haut rang et les médias main stream, ne manque pas de visites des personnalités intéressantes.

Yan Morvan est photographe. Quoi de plus banal me direz-vous? Mais ce type est tout sauf banal. D'abord, du point de vue du parcours : après voir été pendant une vingtaine d'années le reporter de guerre, il se consacre aujourd'hui à réaliser les fastes de tous les conflits militaires qui ont marqué l'histoire de l'humanité depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours en photographiant les champs de bataille. Le premier volume a déjà été publié. On y retrouve les photos d'Austerlitz et de Bérézina, de Verdun, de Stalingrad, de la Syrie, d'Irak, de Kosovo... Le livre fait 660 pages et contient 430 photos de 250 lieux dans 35 pays différents. C'est en travaillant sur le 2e volume que Yan Morvan est arrivé dans le Donbass.

Ensuite, Yan Morvan fait plus que de la photo, mais de véritables tableaux photographiques. Vous me demanderez, en quoi sont-elles si exceptionnelles ? A notre époque des technologies numériques, presque tout le monde possède un appareil photo où il suffit d'appuyer sur le bouton, et l'électronique se chargera de tout le reste. Pourtant, j'ai vais sans doute vous décevoir, en faisant totalement confiance au « cerveau » de votre appareil à la place du vôtre, vous n'obtiendrez certainement pas un chef d’œuvre. Car le progrès technique n'a toujours pas abouti à créer l'intelligence artificielle, tandis que les notions telles qu'inspiration ou encore talent restent complètement hors de sa portée. Sans parler du fait qu'en appuyant sur le bouton sans réfléchir, vous risquez d'avoir un cliché sur ou sous-exposé, tandis que votre modèle aura un membre coupé, voire même la tête, ce qui serait encore pire, vous en conviendrez. Et même si vous vous appliquez à respecter toutes les règles techniques, la grande majorité d'entre vous fera des photos correctement cadrées et exposées, mais complètement impersonnelles et sans âme, comme celles qui abondent sur la toile de nos jours.

Mais plus encore, Yan Morvan est un photographe hors normes qui part en reportage en trimballant avec lui un coffre bien grand et lourd. A l'intérieur se trouve une Deardoff, une énorme chambre argentique plein format en bois des années 50 qui utilise des feuilles de pellicule d'une taille proche du papier au format A4. Vous avez peut-être vu une chambre comme cela dans de vieux films, où le photographe se cachait sous un morceau de toile noire pour faire la mise au point et où au moment du clic « le petit oiseau » sortait immanquablement de l'objectif.

Yan n'a pas droit à l'erreur. Non pas parce qu'il commande ses pellicules aux Etats-Unis et, à chaque fois qu'il appuie sur le bouton, cela lui revient à 50 euros. Mais tout simplement, parce qu'il ne verra le résultat qu'au bout d'une ou deux semaines, quand la pellicule aura été développée dans un labo spécialisé et qu'à ce moment-là, il lui sera problématique, pour ne pas dire impossible, de refaire une nouvelle prise de vue. Ce pourquoi le métier de Yan lui réserve toujours beaucoup de surprises.

Ayant appris qu'un écrivain russe Zakhar Prilepine qui est bien connu en France et dont plusieurs œuvres ont été traduites en langue de Molière, a rejoint l'armée républicaine de Donetsk pour défendre les valeurs du monde russe, Yan a aussitôt voulu réalisé son portrait. Nous les avons suivis et vous proposons de découvrir ici notre reportage-photos.

Texte et photos de Svetlana Kissileva

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