Prilepine, les Mongols, et les mongoliens. Ou dans le monde merveilleux de Narnia.

 
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29 octobre
01:53

Prilepine, les Mongols, et les mongoliens. Ou dans le monde merveilleux de Narnia.

De passage à Paris pour deux jours dans le cadre de la présentation de son nouveau roman, l’Archipel des Solovki, l’écrivain russe Zakhar Prilepine nous en ramène des nouvelles croustillantes (NDR: Vous pouvez lire ses impressions traduites en français ici). Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce libre-penseur actuellement engagé dans la résistance populaire de la RPD, je préciserai qu’il s’agit d’un grand francophile, d’un guerrier accompli qui a fait ses premières armes dans les services de l’OMON, en Tchétchénie, où il combattait la vermine salafiste, et d’une personnalité qui s’est longtemps cherchée après son adhésion, en 1996, au PNB (Parti national-bolchevique).

Le compte rendu qu’il a fait au retour de son bref voyage à Paris laisse supposer que le journalisme fançais s’enfonce tête et pieds dans un univers de marais où la raison collective se complaît dans une sorte de coma artificiel soigneusement entretenu. Imaginez que vous vous retrouvez dans une citadelle gardée de tous côtés, un archer à chaque meurtrière, un arbalétrier devant chaque mâchicoulis. Sous les remparts, on aperçoit une foultitude de chevaliers prêts à dégainer leur glaive au moindre soupçon de menace. Le seul inconvénient, c’est que la citadelle est occupée de l’intérieur. L’ennemi y est déjà et c’est à peine s’il cache ses intentions. Les agents de sécurité, les portes blindées, les colosses aux tronches avenantes à chaque porte des locaux de telle chaîne de TV où Prilepine avait été convié ne reflètent que l’ordre de façade que Lutèce essaye encore d’opposer à la réalité. J’ai irrésistiblement pensé à mes récentes allées et venues à l’ambassade de France à Moscou où, après avoir traversé un détecteur de métal, une série de portes blindées, et appliqué moultes fois mon voucher, j’ai dû attendre, dans le hall, l’apparition d’une divine créature à hauts talons qui m’emmènerait au service des Français car, qui sait, peut-être suis-je armée jusqu’aux dents et que, si c’était bien le cas, son redoutable minois me découragerait. L’analogie vous semblera peut-être hâtive, mais il me semble que nous sommes dans le même cas de figure.

L’émission ayant démarré, on apprend que l’oblast’ de Riazan, bercail de l’invité d’ honneur, serait limitrophe de la Mongolie, ce qui nous amène à supposer que Moscou et Oulan-Bator seraient deux villes presque voisines sachant que Riazan est à 200 km de la capitale russe, et que M. Prilepine aurait des racines mongoles. Moins grossier dans ses conjectures, l’écrivain dit se souvenir d’une carte datant de 1236, année où le grand Batu Khan dévasta Riazan. Il est donc possible que cette carte ait inspiré un présentateur féru d’anachronismes pour qui Prilepine s’avérerait donc contemporain du jeune Louis IX, tout juste débarrassé du joug de sa maman, Blanche de Castille, ... ou de la prise de la Corée par ces mêmes Mongols que nul ne pouvait imaginer aussi ubiques.

En outre, cet anachronisme expliquerait peut-être l’étrange parallèle établi par le journaliste entre une pauvre femme dévorée par le misère à en juger par ses haillons poisseux et la maman de Zakhar que la Perestroïka, dont l’Occident vanta les bienfaits exceptionnels, aurait plongé dans une précarité sans nom. En tout cas, lorsqu’on vous parle de votre maman et que, à ce moment précis, vous voyez défiler sur l’écran des personnages dignes des Misèrables ou des Bas-fonds, vous êtes bien obligés de faire le lien ... et de vous sentir un brin vexé. Surtout si votre papa est prof d’histoire, et votre maman, infirmière. Mais Prilepine a tenu le coup, probablement à la grande surprise de nos collègues qui s’attendaient à plus d’émotions face à des recherches biographiques aussi poussées.

Quelques minutes plus tard, on apprend que dans le trio oppositionnel Nemtsov-Politkovskaya-Prilepine, ce dernier est le seul à être encore en vie ce qui, vu que l’Archipel des Solovki n’est autre que le reflet d’une Russie prise dans les barbelés, relève déjà de l’exploit. Mais qu’on ne rêve pas ! Si Prilepine n’a pas encore rejoint ses anciens compagnons d’armes, c’est qu’il a su se ressaisir à temps en ralliant son étendard à celui d’obscurs séparatistes encouragés dès le début par le Kremlin. Pour aller jusqu’au bout du nouvel impératif patriotique russe, il aurait également embarqué sa fille, une petite blonde d’une dizaine d’années, qui, toujours dans une alternance chaotique d’images, apparaît aux côtés du dirigeant actuel de la RPD, M. Zakhartshenko. Quelle horreur cette Mongolie, une chatte n’y retrouverait plus ses petits, et la Mère Patrie, ses enfants.

Un spectacle se succédant à un autre, notre héros fut également interviewé dans les locaux d’une rédaction dont l’un des journalistes était sûr certain qu’un habitant sur cinq, en URSS, soit, 40 millions d’habitants, avaient été envoyés en camp ou fusillés. 40 millions ! Mais l’URSS s’était évertuée à gagner la guerre ... Mais l’URSS avait été reconstruite, après la IIGM, en quelques années ... Décidément, quelle race de titans que ces Soviétiques ! La remarque de Prilepine n’y fit rien : son interlocuteur était « sûr que l’information dont il disposait » avait valeur d’axiome ! A moins de supposer, là encore, que les victimes directes et collatérales du joug tatar-mongol avaient été comptabilisées. C’est vrai, encore ces Mongols ...

Mais sinon, prétendent les amis de Zakhar, la France a un faible pour la Russie. Quand on aime, on compatit, et quand on compatit, on ne peut plus s’arrêter. Il est facile de compatir à de petites morveuses comme les Pussy je ne sais plus quoi, à des pyromanes anorexiques comme Pavlensky, du moins pendant que Mme Fourest en éprouve le besoin pressant, ou avant que la Banque de France ne prenne feu. Mais comment compatir à des coriaces comme cet invité finalement aberrant qu’on ne sait plus dans quel case inscrire ? Un ni pro ni anti qui ne se cloue pas les testicules, qui écrit des romans imbus de philo et d’histoire, qui aime la France sans adulation, qui ne dénonce pas l’annexion scandaleuse de la Crimée ou l’invasion russe du Donbass, invasion à laquelle il ... contribuerait ? Les armes à la main !! Une certaine harmonie de la pensée unique se brise, le petit monde cristallin de la boboité chavire, et on se demande enfin, volens nolens, si, en face des Mongols, il n’y aurait pas une sacrée poignée de mongoliens.

Françoise Compoint

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