Que signifie la volonté d'indépendance de la Catalogne?

 
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27 septembre
14:55

Que signifie la volonté d'indépendance de la Catalogne?

Avant la tenue du referendum sur l'indépendance de la Catalogne, organisé contre la légalité espagnole, mais porté par le fantasme de la toute puissance des minorités agissant, évidemment, contre les Etats répressifs, il est bon de revenir avec la tête froide sur ce qui se passe chez notre voisin. Car ce peut aussi se passer chez nous. C'est non seulement l'intégrité de l'Etat espagnol qui est en jeu, mais la possibilité de préserver les Etats dans le cadre de l'Union européenne.

Quand un référendum d'indépendance est-il légal?

Malgré la décision du Tribunal constitutionnel déclarant inconstitutionnelle la tenue d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne, les autorités locales le maintiennent, ce qui ne manque pas de soulever la question de sa légalité.

Finalement, il y a deux situations, très différentes l'une de l'autre. La première concerne le cas de la défaillance de l'Etat. Après un coup d'Etat, une révolution, lorsque le fonctionnement régulier des institutions n'est pas assuré par l'Etat, une partie du territoire peut décider de son indépendance sans avoir à obtenir l'accord du centre politique du pays, celui-ci étant inexistant ou illégitime. Ce fut le cas, par exemple, dans notre histoire récente, de la Crimée. Après le coup d'Etat de 2014, la suspension de la Cour constitutionnelle, l'occupation des organes de pouvoir (Parlement, Gouvernement), la prise illégale de la présidence du pays, des régions ont pu organiser un référendum. La Crimée a ainsi voté son indépendance. L'autre situation est celle de l'accord de l'Etat central, comme l'Ecosse a pu organiser un referendum avec l'accord du gouvernement britanique.

En dehors de ces deux cas de figures, c'est-à-dire lors de l'existence de structures étatiques et en l'absence d'un accord de l'Etat, celui-ci est non seulement en droit, mais en devoir, d'interdire par tous les moyens légaux la tenue d'un referendum pouvant entraîner une atteinte à l'intégrité territoriale du pays. Ce que finalement fait l'Etat espagnol en interpellant les séparatistes, en confisquant le matériel du vote, etc. 

De la démocratie au populisme

Les déclarations rappelant la période de Franco ne sont que du populisme ... ou de la naïveté:

« Je suis née sous Franco, et ces actions me font penser à cette période, lance Mme Mondelo, marchande de journaux au centre-ville, qui donne simplement son nom de famille. Cela me surprend que l’on nous empêche de voter dans un pays dit démocratique. »

L'on y retrouve ce fond de populisme qui cache mal l'anarchisme. Le droit de vote est lui aussi régulé. Imaginez qu'il soit possible d'organiser des présidentielles ou des législatives, des municipales, à chaque fois qu'une minorité en a l'envie. Le pays plongerait rapidement dans le chaos. Comme toute chose, la démocratie doit être organisée et les règles s'appliquent à tout le monde, y compris aux minorités.

Il est bon de rappeler, par ailleurs, que la démocratie est le pouvoir de la majorité sur les minorités, elle les respecte, mais elle dirige. Or, ici comme souvent, c'est l'intérêt d'une minorité agissante et bruyante qui couvre le silence d'une majorité plus calme, défendue par l'Etat. Or, le silence de cette majorité fait penser que l'Etat agit pour lui-même, ce qui est loin d'être le cas:

Et n'oublions pas que seulement 25% des catalans se sentent catalans sans être espagnols. Ce sont ces 25% qui sont médiatisés. L'on arrive ainsi au pronostic de victoire du Oui au referendum, en comptant sur l'abstention:

Mais comment ici reprocher aux gens de ne pas participer à un referendum illégal? Ce serait leur reprocher de ne pas être indépendantiste. 

A qui profite le crime?

Quoi qu'il en soit, le sentiment d'appartenir à un même peuple a été remis en cause par l'exacerbation des sentiments locaux. Ce qui est le résultat des programmes scolaires focalisant l'attention sur l'histoire et la géographie locale, de la chaîne de télévision catalane développant une véritable idéologie séparatiste, etc. 

Les nations se construisent sur la négation des différences au profit d'une histoire commune. C'est un choix politique qui était celui des Etats-Nations indépendants et souverains. Le développement des langues régionales, des cultures régionales permet d'éloigner les populations locales de l'Etat et donc de le remettre en cause. Sans souveraineté, l'Etat n'est plus nécessaire.

D'une manière générale, cela sert les intérêts d'une Union européenne des régions, vers laquelle on peut revenir. Les Etats sont incompatibles avec le développement de l'Union européenne, car leurs compétences doivent être transimises au niveau européen, qui en plus a le mérite d'être totalement irresponsable politiquement devant les peuples. Bref, d'être a-démocratique. C'est dans cette logique que l'on peut lire les propositions de Macron pour l'Europe: uniformiser dans une logique de dérèglementation et transfert des fonctions régaliennes vers les structures européennes.

Que faire alors d'une coquille vide, celle de l'Etat vidé de ses fonctions? Rien, il sera dépassé. Enfin, l'Etat nation sera dépassé, car les fonctions étatique resteront, mais seront déplacées vers les structures européennes avec une antenne technique au niveau régional. Ce qui présente le grand avantage de ne plus permettre d'avoir de politique en Europe hors de l'UE, les régions européennes étant trop faibles pour être des acteurs politiques. Et l'Ecosse veut sortir de la Grande Bretagne, mais rester dans l'UE. Et pourquoi pas la Catalogne? Et ensuite le Pays basque, évidemment réunifié, un peu comme les kurdes? Cet avenir vous convient?

Karine Bechet-Golovko

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