Representation de la RPD à Marseille : le mainstream français a court d’arguments !

 
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1 octobre
23:10

Representation de la RPD à Marseille : le mainstream français a court d’arguments !

L’excellence journalistique française a sombré dans un gros trou noir. Plus gros, plus noir, sans doute plus abyssal aussi que le carré noir de Malevitch. La couverture médiatique de l’ouverture, à Marseille, d’une représentation officielle de la République populaire de Donetsk (RPD) a fait couler pas mal d’encre, notamment dans des médias comme Le Monde et La Provence (sans compter le Figaro, plus réservé, certes, mais cette fois, on le regrette, dans une déferlante d’argumenta ad hominem et d’approximations).  

Si je me permets d’écrire ces quelques lignes, ce n’est certainement pas pour m’en prendre à des collègues qui n’ont d’autre liberté que celle de suivre la ligne éditoriale qui leur est imposée et dont on connaît, de très longue date, l’orientation politique. Néanmoins, à en croire le chef suprême de la doxa française, en l’occurence, M. Macron, il y a LES journalistes et des pseudo-journalistes genre RT, Sputnik et autres enseignes « pro-poutiniennes ». Ce qui les différencie, toujours selon le Président français ? Le discernement. Cette dernière capacité naît de l’analyse. Elle en est le pur produit. A défaut de mijoter un papier fondé sur des FAITS, on devrait faire l’effort de mijoter un texte, a minima, vraisemblable. Crédible. Ce que je viens de lire est tout sauf objectif. Tout sauf crédible. Et tout sauf respectueux de gens qui, peut-être, sont des ennemis idéologiques, mais qui, cela étant, ont le courage de leurs actes et de leurs opinions.

Primo.

Si la « représentation officielle » en question n’est qu’ « une simple association de loi 1901, enregistrée au Journal officiel au mois de juin, (...), un simple bureau en location partagée » (cf. Le Monde), si les obscurs individus qui hantent les lieux ne sont que des « ex, anciens, extrêmes, espions, etc. »,  à quoi bon s’inquiéter ? Qu’on laisse ces pauvres bougres déverser joyeusement leur haine du Maïdan et vivre, en groupe, leur dévotion pour Poutine, pourvu qu’ils ne sortent pas dans la rue et n’élargissent pas leur secte ! Leur entourage finira bien par s’apercevoir à quel point tout ce beau monde est ridicule, comme s’en serait aperçu un dénommé Alexandre Schilling, présent à l’inauguration, mais vite déçu par le discours orienté entendu.

Secundo. 

Au-delà des épithètes et des statuts, des étiquettes et des on-dit, aucun des trois articles consacrés à l’inauguration ne met en évidence la nature du malaise que pourrait susciter le représentation juridique d’une République en gestation : de facto, ancienne région ukrainienne, de jure, toujours une région ukrainienne dont les revendications s’inscrivent parfaitement dans la mouvance indépendantiste des régions anti-unionistes d’Europe. En fait, tout dépend des termes employés. Il suffirait, en effet, que je remplace l’adjectif « indépendantiste » par « souverainiste » pour, automatiquement, faire baisser la pression et faire en sorte que le lecteur voit d’un autre oeil le processus civilisationnel (et géopolitique) qui a lieu dans une vaste partie du Donbass. Lorsque Le Monde déclare que « Moscou [a] poussé à l’émergence [des Républiques populaires du Donbass] laquelle allait provoquer un conflit armé », l’auteur et le rédacteur en chef savent pertinemment quelle sera la réaction du lecteur mal informé : odieux Poutine qui a ravagé un pays ne rêvant que de paix et de prospérité au sein de l’UE ! Non. Le Kremlin n’a jamais poussé Donestk et Lougansk au référendum du 11 mai 2014. Non pas par désintérêt pour deux régions russophones et une population à dominante ethniquement russe (c’est la cas pour Donetsk, voir Wikipédia), mais parce que, de un, le précédent criméen allait déjà lui coûter cher sur le plan économique, de deux, le cas du Donbass est bien plus complexe que le cas criméen. Sans être opposé au référendum, Moscou espérait que celui-ci serait repoussé le temps d’aviser. Après, on comprend tout à fait l’empressement de la population qui, qu’on ne l’oublie jamais, n’avait demandé que le respect de son droit de parler russe, d’enseigner le russe, et de jouir d’une plus grande indépendance régionale, notamment en réponse au renforcement du bandérisme, et à l’aveuglement béat UE-intégriste des autorités putschistes de Kiev. On connaît la suite. Poutine utiliserait les « deux entités séparatistes comme levier de pression contre Kiev », poursuit Le Monde : c’est dire que le Président russe croirait encore aux Bisounours ... oups, pardon, à l’application systématique du droit international. Nous en venons au point névralgique du sujet qui explique le remue-ménage médiatique de nos charmants collègues du monde « éclairé ». L’argument brandi par les puissances occidentales garantes du respect des accords de Minsk demeure à ce jour invariable : il s’agit de l’inviolabilité des frontières ou du principe de l’intangibilité des frontières dans l’esprit des accords d’Helsinki (1975), remake, soit dit en passant, de la Résolution de l’ONU de 1952, dont l’URSS était signataire mais pas la Russie actuelle, déchirée, dans les années 90 et partiellement les années 2000, par le conflit tchétchène dont les instigateurs, des islamistes nostalgiques du Califat, étaient largement et ouvertement soutenus par les pays membres de l’OTAN. Parlant des frontières et de leur respect, quid de la révolution de velours qui disloqua la Tchécoslovaquie ? Quid de la Yougoslavie ? De la Serbie ? De la réunification des deux Allemagnes ? Plus récemment, quelle appréciation donner à l’émergence d’un Kurdistan indépendant ? John Bolton, l’ancien représentant US auprès de l’ONU, n’avait-il pas révélé, en démiurge ambulant, que la seule solution valable pour défaire définitivement Daesh serait la création d’un Sunnistan à cheval sur l’Irak et la Syrie ? Mais quand la Russie soutient une population russe pilonnée 24 heures sur 24 pour avoir voulu défendre, sans violer la Constitution (droit constitutionnel des régions à l’autodetéremination en cas de coup d’Etat !), son identité ethnique, confessionnelle, et militaire, l’hystérie atteint son comble.  

Cela fait belle lurette que le Droit international n’existe plus. Les élus autoproclamés du groupe Bidelberg en prennent ce qui convient tout en en lançant quelques miettes aux meutes affamées des laquais de la bien-pensance pour qui paraître est synonyme d’être. La source du malaise est aisément palpable, nul besoin de scanner pour l’identifier : dès lors qu’un Etat souverain, non-aligné, en l’occurence européen ce qui ne semble qu’aggraver son cas, essaye de faire peser ses intérêts – géopolitiques et, désolée de ce gros mot, moraux – la démocratie est baffouée, le droit international malmené, le monde sur le point de s’effondrer. Comment comprendre, en effet, que la Russie s’intéresse encore au Donbass, envoie régulièrement des convois humanitaires et subit sanction sur sanction quand nos compatriotes de Saint-Martin ont dû affronter Irma, les maraudeurs, et le racisme anti-blanc seuls, Air France ayant triplé le prix des billets, et Macron n’ayant pas jugé bon d’interrompre la séance selfie en Grèce ?

Tertio.

Chers collègues de La Provence, de grâce, veuillez utiliser à bon escient les expressions de notre délicieux françois, et évitez les images de cabaret. Les « chiens de faïence » se regardent avec animosité et non avec curiosité, ils n’ont pas besoin de « savoir qui est qui ». Une atmosphère digne d’un film d’espionnage ? Qui espionnait qui ? Les radicaux pro-Poutine entre eux ?! On ne dit pas d’une ministre, quelle que soit l’entité qu’elle représente, qu’elle est « plantureuse » (ce qui d’ailleurs, sauf mon regard de femme, est faux). Qu dirait-on d’un journaliste russe s’il écrivait d’une Merkel qu’elle est adipeuse ou que les seins d’une Trierweiler devaient avoir de graves répercussions sur les capacités de concentration de M. Hollande ? Fussé-je rédactrice en chef, je n’aurais pas hésité à me défouler sur son salaire.

Face à tant de misère analytique et stylistique, comment ne pas pleurer ce que fut, naguère, le journalisme de France sur lequel Camus portait une réflexion qu’il n’aurait sans doute plus porté aujourd’hui : la vérité contre le détail, l’élévation du langage au nom de l’élévation du pays. Nous nous en rapprochions. Nous en sommes, actuellement, à des années-lumière.

Françoise Compoint pour Novorossia Today

Le reportage vidéo de l'inauguration du Centre de représentation de la RPD à Marseille

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