Russie / Ukraine: l'abdication du Conseil de l'Europe

 
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10 octobre
18:11

Russie / Ukraine: l'abdication du Conseil de l'Europe

Cette image peut parfaitement résumer la situation au Conseil de l'Europe, qui vient d'abdiquer face à un conflit qui le dépasse, s'échouant sur les gants en plastique de ce député ukrainien, qui prend en otage une assemblée dépassée, hystérique et fatiguée. Pour s'être engouffré dans la longue file des organes internationaux atlantistes antirusses, le Conseil de l'Europe renie le principe de sa création après-guerre et met son existence en jeu, ce que ces politiciens de pacotilles ne comprennent même pas. Ici aussi le show ayant remplacé la politique. Et Thoborn Jaglang est renvoyé aux calandes grecques avec ses arguments rationnels: l'éviction de la Russie met en danger la légitimité du Conseil de l'Europe. Trop subtile de nos jours. Trop évident.

Hier, 9 octobre, le Conseil de l'Europe jouait une partie importante pour son avenir. Et la résolution devant durcir la procédure de retrait du droit de vote à un pays avait été préparée en commission pendant un an, avait obtenu l'accord des membres, elle devait passer. Incidemment, faire revenir la Russie, mais surtout éviter de pouvoir à l'avenir d'écarter un pays sur une poussée politique. C'était sans compter le spectacle, proche de la terreur psychologique, qui a été joué par la délégation ukrainienne.

Alexei Goncharenko a fait le spectacle, présentant le Mal absolu que représente à ses yeux la Russie, les cybers attaques, les manipulations des élections, les attaques chimiques ... et théâtralement il se revêt de gants verts protégeant des armes chimiques, car le Conseil de l'Europe "veut" faire revenir la Russie. Ce que l'Ukraine ne peut se permettre.

Les discussions sont particulièrement enflammées, il lui est rappelé d'être un peu décent, l'APCE n'est pas une scène de théâtre. Quoi que, la question se pose.

Car finalement l'impact psychologique a fonctionné, la résolution n'a pu être adoptée, mais elle n'a pu être rejetée non plus, sa discussion est reportée à 2019, à la grande surprise de l'auteur du projet, Petra De Sutter:

Le projet de réforme, a souligné Petra De Sutter en plénière, « a été mené pendant un an en commission ad hoc (NDLR : la commission du Règlement de l’APCE, que la sénatrice belge préside) et a débouché sur un consensus » de ses membres, issus de toutes les familles politiques. « Et pourtant, ici, l’Assemblée est maintenant divisée » (...) Contactée à Strasbourg en début de soirée, Petra De Sutter confie au Soir sa« surprise »  : elle n’avait pas du tout misé sur ce scénario, vu « la quasi-unanimité » constatée sur le projet en commission du Règlement. « Mais au vu du débat, il était évident que les deux tiers des voix requis pour changer le règlement n’allaient pas être acquis ». De Sutter a alors pris la décision « difficile » de « retravailler » le projet en commission, pour « ne pas perdre tout le travail » avec un rejet de la proposition au cours de la plénière de ce mardi « pour de mauvaises raisons », soit « simplement un sentiment anti-russe ».

Or, si le Conseil de l'Europe ne peut réintégrer la Russie en raison de l'hystérie antirusse qu'il a lui-même laisser monter afin de s'aligner, il ne peut non plus se permettre de voter contre la levée des sanctions, car la Russie a prévenu qu'en cas de vote négatif, et donc de prolongation de sa mise à l'écart des procédures de votes et de décisions, elle envisagerait sérieusement de quitter le Conseil de l'Europe. Selon le ministère russe des affaires étrangères, de toute manière, ce texte est trop léger, le principe même de pouvoir retirer ses droits à un pays membre ne devrait pas être possible dans le cadre d'une organisation internationale, afin de respecter les droits des Etats:

Moscou désapprouve également ce texte. «Ces amendements sont superficiels», a noté ce 27 septembre Andreï Keline, chef du département de la coopération paneuropéenne du ministère russe des Affaires étrangères. «Il ne faut pas compliquer la procédure, mais l'exclure entièrement de la charte de l'APCE. S'il n'était pas possible de trouver un terrain d'entente, la Russie étudierait la possibilité de se retirer du Conseil de l'Europe», a-t-il précisé.

A être entré dans le jeu postmoderne de la politique du show, le Conseil de l'Europe n'est plus apte à prendre une décision, à faire un choix. Car tout choix est politique, il suppose pour cela une force et des convictions. Ce qui est remplacé aujourd'hui par les effets de manche et les reculades. Ne pouvant trancher, ici comme ailleurs car finalement il ne s'agit que d'un seul conflit dans ses différentes facettes (Skripal, Idlib, les cybers attaques, les sanctions, ect.), la décision est reportée. Elle est reportée car en fin de compte, la dilution dans le temps et dans l'espace de ce conflit fait oublier que très peu d'acteurs ont réellement le pouvoir d'y mettre un terme - et qu'ils ne se trouvent pas en Europe. 

Et finalement, comme il y a de fortes chances pour que la Russie ne bouge pas, un statu quo délétère a été fixé: la Russie ne sort pas, mais ne participe plus "temporairement" (notion très relative) et le Conseil de l'Europe va tenter de geler la situation en attendant que le combat puisse accoucher d'un vainqueur, qui décidera alors de son existence. En attendant, le show doit continuer pour amuser la galerie et occuper les spectateurs le temps d'un entracte qui traîne en longueur ... 

Karine Bechet-Golovko

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