Vérité et mensonges sur l'insurrection de Varsovie de 1944

 
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26 octobre
22:16

Vérité et mensonges sur l'insurrection de Varsovie de 1944

...On prétend qu'après le début de l'insurrection de Varsovie il y a 74 ans, l'Armée rouge avait délibérément freiné l'offensive sur la rive est de la Vistule et pendant deux mois n'avait rien fait pour aider les insurgés. Profitant de son inaction, les Allemands noyèrent la rébellion dans le sang et détruisirent la ville. Est-ce vrai ?

Réponse du docteur es sciences d'histoire Oleg Nasarov :

La seule vérité est que les nazis ont réprimé l'insurrection et ont détruit la ville. Tout le reste est une falsification de l'histoire entreprise dans le but de discréditer l'Armée rouge et d'assimiler l'Union Soviétique à l'Allemagne nazie.

La première tentative de rendre l'Armée rouge responsable de la défaite de l'insurrection avait déjà été entreprise en août 1944, alors que les combats duraient encore dans les rues de la capitale polonaise. Le mensonge avait été aussitôt démoli, Néanmoins, par la suite, il a été plusieurs fois repris par les médias polonais et occidentaux, mais aussi par les historiens et les journalistes libéraux en Russie.

Pour comprendre qui cherche à « noyer le poisson » et dans quel but, regardons les faits. En juin et juillet 1944, lorsque les troupes alliées avaient débarqué en Normandie et tâchaient de briser la résistance des meilleurs unités de la Wehrmacht, l'Armée rouge lança et conduisit brillamment une des plus grandes opérations de la Seconde Guerre mondiale: l'opération Bagration, pour libérer la Biélorussie et, ensuite, lancer la libération de la Pologne et des États baltes. C'était aussi pour attirer une partie des forces Allemandes sur elle et aider les Alliés. Dommage qu’on n'en parle pas lors des commémorations du débarquement en Normandie, où même le président de la Biélorussie n’est jamais invité.

Mais toute offensive s'essouffle tôt ou tard. À la fin du mois de juillet, la lancée offensive des unités du 1er front biélorusse qui essayaient d'atteindre Varsovie s'était affaiblie. Le 1er août, certaines unités du général Vassili Tchouïkov réussirent à traverser la Vistule et à prendre la gmina de Magnuszew. Ils n'avaient pas assez de forces pour faire plus, parce que depuis le début de l'opération Bagration, les troupes avaient parcouru en combattant plus de 600 km. Les convois avec des munitions, la nourriture et le carburant restèrent loin derrière elles, tandis que la 16e Armée de l’air rattachée au front n’eut pas le temps de se déployer sur des aérodromes proches du front, le privant provisoirement de un appui aérien.

L’ambassadeur des États-Unis en URSS, William Harriman, témoigna : « L’Armée rouge fit récemment une percée si rapide qu’elle se retrouva coupée d'approvisionnement normal. A ce moment, elle n'avait à sa disposition ni les pontons nécessaires, ni les moyens pour construire des ponts ».

Le commandement de la Wehrmacht était également conscient de ces difficultés et ne comptait pas attendre que les soldats de l'Armée rouge resserrent les arrières et les réserves. Ayant réuni quatre divisions de chars et d'infanterie, l'ennemi frappa d'un puissant contre-coup. Le succès d'une importante bataille de chars à Volomin favorisa les Allemands.

Le 1er août, à 17 heures, lorsque les troupes de Tchouïkov tentèrent de prendre pied la gmina de Magnuszew, Varsovie s'est insurgée. Ce que ni le Kremlin, ni le commandant du 1er Front de Biélorussie, Constantin Rokossovski, ne découvrirent pas immédiatement. Rokossovski se souvenait : « Le 2 août, nos services de renseignements reçurent les données qu'un soulèvement contre les envahisseurs nazis aurait commencé à Varsovie. Cette nouvelle nous alarma beaucoup. L'état-major du front commença aussitôt à collecter des informations pour connaître précisément l'ampleur du soulèvement et son caractère. Tout s'était passé de manière si inattendue que nous nous perdions en conjectures et nous nous demandions d'abord si ce n'étaient pas les Allemands eux-mêmes qui avaient rependu ces rumeurs, et si oui, dans quel but ? »

Contrairement aux bases de toute stratégie militaire, les citoyens de Varsovie s'étaient rebellés au moment le plus malvenu, sans coordonner leurs actions avec l'Armée rouge. Qu'est-ce qui avait poussé les politiciens et les militaires polonais à agir de la sorte et sur quoi ils comptaient ?

L'insurrection avait été lancée à l'initiative du gouvernement polonais en exil, qui pendant toute la guerre restait tranquillement à l'abri à Londres. Suivant le plan de son chef, Stanisław Mikołajczyk, les combattants de l'Armia Krajowa (AK), qui était sous son contrôle, devait pousser les Varsoviens au soulèvement et prise du le pouvoir dans la capitale polonaise au moment où les Allemands quitteraient Varsovie, tandis que l'Armée rouge n'entrerait pas encore. Grâce à cette ruse, les autorités polonaises réfugiées à Londres voulaient instaurer leur pouvoir en Pologne. Puisque ce plan était essentiellement dirigé contre les forces de gauche en Pologne, Mikolajczyk et ses ministres le gardèrent en secret, notamment de l'URSS!

En agissant de la sorte, ils se comportaient de façon ignoble non seulement vis-à-vis des Russes. En poussant les Varsoviens au soulèvement, les « résidents » de Londres omirent de les informer pas que les Britanniques et les Américains avaient refusé d'aider les rebelles de façon active. Cela ne gênait pas Mikolajczyk tant cela, du moment que c'étaient les autres qui devaient risquer leur vie.

Tous ceux qui rejettent la responsabilité de l'échec de l'insurrection de Varsovie sur l'Armée rouge, devraient savoir qu'à la fin du mois de juillet, le Premier ministre polonais n'était pas ailleurs qu'à Moscou. En s'y rendant le 26 juillet, il savait pertinemment que Varsovie allait se lever le 1er août. Cependant, lors des négociations qui avaient débuté le 31 juillet avec le commissaire aux affaires étrangères de l'URSS, Molotov, il ne prit pas la peine de l'informer des événements à venir.

Ce n'était que le 3 août, lors d'une réunion avec Staline, que Mikolajczyk annonça que la capitale de la Pologne s'était insurgée, que plusieurs ministres du gouvernement en exil se trouvaient sur place et que lui-même s'envolait pour Varsovie. A la remarque surprise de Staline que là-bas il y avaient des Allemands, le dirigeant polonais déclara avec arrogance que Varsovie serait libre du jour le jour. Il ne sollicita pas l'aide de l'Armée rouge.

En prenant ses désirs pour de la réalité, Mikolajczyk avait une mauvaise idée de ce qui se passait réellement dans la capitale polonaise. Là-bas, le commandant de l'AK, le général Tadeusz Bór-Komorowski, hésitait jusqu'au dernier moment, s'il devait ou non déclencher un soulèvement. Commencer un jeu avec plusieurs données inconnues était extrêmement risqué. Il ne pouvait que deviner les projets des commandements soviétique et allemand et les possibilités dont ils disposaient. Tandis qu'on pouvait s'attendre à tout de la part d'Hitler qui avait à peine survécu dans l'attentat du 20 juillet.

Malgré que l'insurrection eût été préparée depuis bien longtemps, les rebelles réussirent à réunir peu d'armes. Selon l'historienne E. Yakovleva, les rebelles avaient à leur disposition 60 mitrailleuses légères, 7 mitrailleuses lourdes, 35 fusils antichars et lance-grenades, 1 000 carabines, 3 000 fusils d'assaut, 1 700 pistolets et 25 000 grenades à main. On ignore aujourd'hui, si Bur-Komarovsky avait cru les promesses de Mikolajczyk que, dès le début du soulèvement, les Britanniques allaient transporter par voie aérienne les unités de l'AK constitués en émigration et les aider avec les armes, les munitions et la nourriture. Cependant, après avoir consulté les généraux Okulicki et Pełczyński, il ordonna le soulèvement pour le1er août.

Pendant les quatre premiers jours, lorsque les insurgés avaient face à eux uniquement des éléments logistiques et policiers, ils s'emparèrent de la grande partie de la ville. Mais l'ennemi conserva le contrôle des artères de transport, des ponts, des gares de chemin de fer, des centrales téléphoniques, des casernes et des principaux bâtiments du gouvernement. Bientôt, le commandement allemand a retiré des chars, des canons et des trains blindés. Des unités de sécurité SS et de police s'approchèrent avec les collaborationnistes de la 29e division SS des grenadiers.

Tandis que les espoirs sur les Britanniques s'avérèrent vains. Seules des promesses vagues leur parvenaient des rives de l'Albion brumeux. Pendant les 63 jours que dura l'insurrection, l'aviation britannique n'effectua que cinq largages d'armes et de vivres au-dessus de Varsovie. Cela fut fait depuis une grande altitude et la majorité de la cargaison tomba entre les mains des Allemands.

Le 9 août, avant de quitter Moscou, Mikolajczyk ne parla plus d'une expulsion imminente des Allemands de Varsovie. Il demanda Staline d'aider les insurgés avec des armes, affirmant que « maintenant les Allemands ne sont plus assez forts pour jeter les Polonais hors des quartiers de Varsovie que ceux-ci occupaient ». Ce à quoi Staline répondit « qu'il considérait que lancer l'insurrection de l'armée polonaise clandestine à Varsovie était quelque chose d'irréaliste, car les rebelles n'avaient pas d'armes ... Les Allemands extermineraient tout simplement tous les Polonais. Et que ce serait dommage pour ces Polonais. »

Staline promit d'aider les insurgés avec des armes et des munitions, bien que les objectifs des « stratèges » londoniens d'évincer du pouvoir les forces polonaises de gauche ne répondaient pas aux intérêts de Moscou.

Pendant tout la guerre, le gouvernement polonais en exil (Londres) n’ont tant aidé l’URSS que la gênait dans ses actions et lui portait des coup bas. En 1942, en pleine bataille de Stalingrad, ils envoyèrent l'armée polonaise du général Władysław Anders qui avait été constituée en URSS non pas au front, mais à l'Iran. En 1943, ils soutinrent la provocation de Goebbels à Katyn et condamnèrent à mort par contumace le général Zygmunt Berling pour « désertion », sous commandement duquel la 1re Armée de l’armée polonaise avait combattit dans la banlieue de Varsovie.

Lorsque Staline demanda s'il existait des endroits dans la ville où les armes pouvaient être larguées, Mikolaychik ne fut pas en mesure de les indiquer. Néanmoins, le leader soviétique teint sa promesse. Si les Britanniques ont largué leurs cargaisons depuis une grande altitude et de se fait cela avait peu profité aux insurgés, nos avions opéraient à des altitudes extrêmement basses. L'efficacité de leur travail était beaucoup plus grande, ce qui fut reconnu aussi bien par les Allemands que les Polonais. Le 15 septembre, dans son télégramme adressé au maréchal Rokossovski Bór-Komorowski, le remercia pour « la couverture aérienne, les armes larguées, les munitions et la nourriture» et demandé la poursuite des actions ». Rien que du 13 septembre au 1er octobre, on largua aux insurgés 156 obus de mortier, 505 fusils antichars, 2 667 mitrailleuses et fusils, 41 780 grenades, 3 millions de cartouches, 131 221 kg de nourriture et 500 kg de médicaments.

À la fin d'août, les troupes soviétiques qui, entre temps, avaient reçu des renforts, lancèrent une offensive. Le 14 septembre, Moscou salua les troupes qui libérèrent la partie est de Varsovie (Prague) avec la salve de 224 canons.

Néanmoins, développer ce succès fut extrêmement difficile. Les nazis avaient fait sauter tous les ponts de la Vistule, ce qui les rebelles n’empêchèrent pas. Le matin du 15 septembre, Burling reçut l'ordre de forcer la Vistule. Les unités de la 1re Armée polonaise s'étaient préparées à la traversée depuis trop longtemps, mais ne la commencèrent que le 16 septembre à l'aube. L'ennemi les exposa à des bombardements massifs, ne leur permettant pas de transporter des chars et des armes à feu sur la côte ouest. Les tentatives de constituer une tête de pont sur la rive ouest démontrèrent que les insurgés ne la contrôlaient pas. Au bout d'une semaine de combats, les Allemands repoussèrent le débarquement sur la côte est. Les unités polonaises perdirent 3 764 personnes mortes ou blessés.

Le 27 septembre, les Allemands lancèrent une offensive contre les zones tenues par les insurgés. Bór-Komorowski ne traversa pas la Vistule et signa le 2 octobre un accord de reddition avec le commandant des troupes allemandes à Varsovie, l'Obergruppenführer SS Von dem Bach-Zelewski. Selon les estimations de l'historien polonais Ryszard Nazarevich qui participa à l'insurrection, plus de 17 000 rebelles déposèrent les. Les nazis firent sortir tous les civils qui restaient dans la ville, envoyant 87 250 personnes aux travaux forcés en Allemagne et 68 707 personnes dans des camps de concentration. Une grande partie de Varsovie fut démoli.

En résumé, même le siège de l'AK dans une note destinée à l'usage interne reconnut : « La raison de l'échec de la bataille de Varsovie réside dans l'échec général de l'offensive soviétique sur la Vistule à à cause du transfert sur place de nouvelles divisions allemandes fin juin - début août ... Il est faux de présumer que les troupes soviétiques n'occupèrent pas Varsovie parce qu'ils voulaient la perte du rempart de l'indépendance polonaise ».

La propagande polonaise prétendait le contraire. Les Polonais londoniens trouvèrent la cause de la défaite de l'insurrection dans la prétendue « passivité » de l’Armée rouge, sans pour autant expliquer pourquoi nos grands-pères et arrière-grands-pères devaient payer de leur sang les aventures des anti-soviétiques et des russophobes polonais. Aujourd'hui, les falsificateurs pro-occidentaux de l'histoire rejettent toute la faute de l'échec l'insurrection de Varsovie sur l'Union Soviétique et se vengent sur les soldat de l'Armée Rouge morts pour la liberté de la Pologne en démolissant les monuments hérigés en leur mémoire.

Traduit du russe par Svetlana Kissileva

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