« Il y a des milliers de soldats russes dans le Donbass, la preuve ils parlent tous russe ! »

 
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31 мая
17:33

« Il y a des milliers de soldats russes dans le Donbass, la preuve ils parlent tous russe ! »

C’est ainsi que s’exprimait un Français donnant sa preuve irréfutable de la présence de l’armée russe dans le Donbass en se basant sur l’utilisation massive de la langue de Pouchkine parmi les combattants… Voilà ici les méfaits d’une propagande intense des médias français et nous devons le dire, la bêtise avérée de nombre de nos compatriotes (hélas !). Ce raccourci stupide demande des éclaircissements sur la réalité des pratiques de la langue russe et ukrainienne dans ce qui était l’Ukraine d’avant 2014, car aujourd’hui bien sûr, le traumatisme de la Révolution brune du Maïdan va changer durablement la donne, encore que des indices montrent bien que même du côté de l’Ukraine de Porochenko, la langue russe a encore un bel avenir.

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Sur la carte que nous vous présentons, datant de 2001, il est aisé de remarquer déjà que trois zones affichaient la langue russe comme langue natale. Ces trois zones en bleu étaient respectivement la Crimée avec 77 % d’habitants dont le russe était leur langue natale, chiffre montant à 90 % pour le port de Sébastopol. Venaient ensuite les régions de Donetsk et de Lougansk avec 74,9 % et 68,8 % de natifs de langue russe. Ce n’est pas un hasard si les populations de Crimée ont répondu positivement lors du référendum de mars 2014 au rattachement à la Fédération de Russie. Pas un hasard non plus que la région du Donbass (Lougansk et Donetsk) se soit insurgée. Toutes les autres zones comportaient une supériorité de l’ukrainien comme langue natale mais les deux langues se trouvaient au coude à coude dans des régions frontalières des précédentes. Dans la région de Zaporojié frontalière de celle de Donetsk, les chiffres donnaient 50,2 % de natifs de langue ukrainienne pour 48,2 % pour la langue russe. Dans celle de Kharkov même dualité, région frontalière à la fois de Lougansk et Donetsk, avec 53,8 % de natifs de langue ukrainienne et 44,3 % pour la langue russe. La région d’Odessa ne fut pas choisie par hasard par les massacreurs de Pravy Sektor, pour commettre un massacre le 2 mai 2014, puisqu’ici, 46,3 % des natifs étaient de langue ukrainienne contre 41,9 % pour la langue russe. L’étude de la carte montre bien une forte implantation de natifs de langue russe dans l’Est et le Sud de ce qui était l’Ukraine en 2013. Selon les chiffres, la capitale comprenait elle-même une forte communauté d’un quart de natifs de langue russe, communauté se retrouvant dans les régions de Kherson ou Nikolaïev (Mykolaïv).

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La carte suivante au moment des premiers questionnements de faire de la langue russe la deuxième langue nationale du pays (à partir de 2005), montre le résultat de l’opinion des habitants de l’Ukraine quant à ce statut, apportant d’autres indices sur l’utilisation du russe dans le pays. Une réponse massive et positive fut apportée par le quasi ensemble Sud, Sud-Est et Est du pays, avec des résultats éloquents dépassant largement les 50 %, voire les 70 % dans des zones où les natifs avaient déclaré être de langue ukrainienne. Cette carte montre bien, l’usage commun des deux langues et j’ajouterais mon témoignage puisque j’ai effectué un très long voyage en Ukraine en 2009 et chose intéressante essentiellement dans le centre et l’Ouest de l’Ukraine. Je partais de Krementchouk dans la région de Poltava pour me rendre ensuite à Kiev puis de là à Lvov, Ivano-Frankov, Truskavetz, Morchin et enfin Mukatchevo à la frontière hongroise.

Partout où je me rendis, la langue russe était la langue pratiquée par tous, utilisée indifféremment avec l’ukrainien jusqu’à ce que j’arrive dans la région de Lvov. Ici, il me fut recommandé de ne pas utiliser la langue russe, car l’animosité d’une partie de la population était réelle avec les russophones. Ceci ne m’empêcha pas d’observer à Lvov comme ailleurs, la présence massive de nombreux russophones et la pratique du russe. La situation changea notablement lorsque je me rendis dans la zone frontière de Mukatchevo. Ici je fus surpris de découvrir les menus en langue hongroise, une forteresse dominant toute la région et abritant un buste fleuri du héros national hongrois Sandor Pétofi, ainsi que d’autres monuments aux couleurs hongroises et de nombreux drapeaux hongrois dans toute la région. Je découvrais en ce lieu, le paradoxe des traités injustes de Trianon et Saint-Germain en 1919 et 1920 et les partages de Yalta et Postdam en 1945. Ma surprise ne fut pas moins grande lorsqu’à Donetsk en mai dernier, la directrice du Musée d’Archéologie et de Paléontologie de la ville, bombardé sciemment à trois reprises par l’armée ukrainienne me déclara dans les ruines de son musée : « que nous continuons à enseigner à Donetsk dans nos écoles la langue ukrainienne, il s’agit de notre culture commune ». Même dans les affres de la guerre cette femme me déclarait avec Humanité et même du panache que la paix ne pouvait venir que par là et non dans la haine et le rejet.

[caption id="attachment_47078" align="aligncenter" width="300"]Photo du buste de Sandor Petofi, région de Mukatcheve, Ukraine, @Laurent Brayard 2009 Photo du buste de Sandor Petofi, région de Mukatcheve, Ukraine, @Laurent Brayard 2009[/caption]

Il me faut maintenant toutefois écrire que les chiffres donnés par ces cartes et par l’ensemble de celles que nous pouvons trouver sur internet, notamment en langue anglaise et ukrainienne sont… fausses. Un expert américain estimait en 2008 que pour l’ensemble de l’Ukraine, environ 83 % des Ukrainiens étaient en fait de langue maternelle russe. Cette affirmation est confirmée par les natifs de l’Ukraine eux-mêmes déclarant comme Svetlana Kissileva « cette carte, ce n’est pas l’Ukraine que j’ai connue dans mon enfance ! Dans ma ville natale, Zaporojie, 32 % de natifs de langue russe ? C’est aberrant, il en va de même de nombreuses autres régions, notamment de Kiev, tout ceci fait partie d’une désinformation qui a commencée bien avant la Révolution Orange ». Andrew Vajra explique une partie du problème dans une réflexion publiée en russe en juin 2011. Il indique que dans d’autres pays de l’ancien espace de l’Union soviétique le processus a été le même. Ce fut également le cas de la Géorgie, où un total de 64 % des habitants déclarait que la langue russe était importante et souhaitable en 2007, 75 % en Arménie, 39 % en Moldavie. Dans tous ces pays, ainsi qu’en Biélorussie, au Kazakhstan et bien sûr en Ukraine, la langue russe est restée la langue prioritaire de la communication. Il n’est pas douteux que dans les poussées de fièvres démocratiques préparées et poussées par l’Occident en Ukraine, les politiciens et oligarques de l’Ouest n’ont cessé de lutter contre la langue russe, de minimiser son influence et son importance, voire dans le cas surtout de l’Ukraine de réécrire l’histoire et de changer les données statistiques. Cette tendance, dans la trace de la député néonazie Irina Farion a viré à l’hystérie russophobe la plus totale donnant lieu à des errements qui ont été récemment repris par le régime de Porochenko : interdiction de la langue russe dans les documents officiels, pratique obligatoire de la langue ukrainienne dans la Rada (ils n’y arrivent pas eux-mêmes !), interdiction du cinéma et des films russes dans le pays (autodafé que les démocrates de Bruxelles apprécieront !), stigmatisation et agressions physiques des russophones.

Quant aux combattants interrogés, ils ne furent pas moins clairs sur la langue utilisée dans les deux camps. L’un d’eux me disait que les Ukrainiens parlaient en russe dans leurs communications militaires, qu’ils s’espionnaient mutuellement sur les ondes radios. Il m’expliquait aussi que les soldats des deux camps usaient dans les combats de la langue russe et dans le camp adverse de la langue polonaise, car de nombreux mercenaires et volontaires viennent de la Pologne. La langue anglaise reste marginale, usitée seulement par des volontaires combattants dans les forces insurgées et par les mercenaires et d’autres volontaires combattants dans les rangs des Ukrainiens, comme nous avons pu le voir dans une vidéo avec ce soldat sans doute Américain s’enfuyant à l’approche d’une caméra pour ne pas avoir à répondre et à montrer son visage ce qui l’aurait identifié formellement. Alors à ce brave monsieur fier de sa preuve, je dirais d’abord que le ridicule ne le tuera pas, l’ignorance certainement, en achevant en lui tout ce qui pouvait rester d’esprit d’analyse et de compréhension qui font que l’immense majorité de nos concitoyens ne réfléchissent plus par eux-mêmes. Ils boivent bêtement les informations des médias fast-food que sont BFM-TV, i-Télé et toute la pléiade sinistre des médias financés parfois grassement par l’Etat français. Il n’y a que des soldats qui parlent russe ou presque dans le Donbass, dans les deux camps… et pas la moindre trace de la terrifiante armée russe. Si elle s’y était trouvée, l’Armée russe camperait déjà sur les rives du Dniepr depuis belle lurette !

Aujourd’hui en France, l’ignorance est l’adage d’une propagande, les financements de l’Etat sont censés assurer la liberté de la presse et sa diversité, nous avons encore une fois la preuve qu’il n’en ait rien. Lorsque l’Etat cessera de perfuser cette presse, elle disparaîtra d’elle-même, cependant il y a fort à parier que cet investissement n’est pas fait à fonds perdus, la propagande d’Etat c’est aujourd’hui une réalité dans notre pays, la bêtise ambiante elle, sera bientôt proverbiale, le général de Gaulle lui-même ne déclarait-il pas que « Les Français sont des veaux » ?

Laurent Brayard

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